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Jésus devant Pilate
Chapitre X: La fin

Jésus fut alors conduit devant Pilate.

Sur place, les huissiers envoyés par Caïphe présentèrent au procurateur romain la sentence de mort prononcée par Caïphe et libellée par le sanhédrin.

Ils se mirent ensuite à accuser Jésus: "Cet homme, Seigneur, excite notre peuple à la révolte! Plusieurs de ses amis sont de fanatiques zélotes qui cherchent à émanciper notre pays de l'autorité romaine; ce sont des rebelles qui s'en prennent tous les jours à tes soldats et les attirent dans leurs guets-apens. Il a pour ami ce Barabbas que la troupe a arrêté ce matin et qui était, jusqu'à aujourd'hui, de toutes les bagarres impliquant des nationalistes.

Pire! Il est le fils naturel d'Hérode le Grand et le demi-frère d'Antipas qui gouverne la province de Galilée bien avant ton arrivée ici. À cause de cela, les zélotes cherchent à en faire notre roi et à lui donner le trône qu'occupe son parent. Il a même incité les gens à ne pas payer l'impôt à César, notre maître et empereur!"

Intrigué par ses antécédents, Pilate questionna Jésus: "Es-tu, comme le prétendent ces gens, le fils d'Hérode le Grand qui gouvernait ce pays autrefois... Et te prétends-tu roi?"

Jésus lui répondit: "Fils d'Hérode, je le suis. Roi? Je n'ai jamais pensé l'être!

Je n'ai jamais eu le désir de gouverner ce pays déjà administré par mon demi-frère Antipas, un de vos lèche-bottes. Un pays également sous le joug d'un pouvoir religieux corrompu qui fonde son autorité sur le terrorisme divin.

Je n'ambitionne pas de régner ni sur ce pays ni sur aucun autre royaume ici-bas.

Mon royaume n'est pas d'ici.
S'il l'était, des soldats armés seraient déjà ici pour me défendre...

Régner, pour la majorité des potentats de ce monde, c'est asservir leurs sujets...

Moi, je veux servir !"

Pilate sourit.

Il était convaincu d'avoir devant lui un inoffensif illuminé dont les yeux fatigués et enfiévrés brillaient tout de même d'innocence et de candeur.

Il dit alors aux huissiers: "Je vous avoue que je ne trouve rien de mauvais en cet homme et je me demande bien pourquoi vous me l'avez amené?

Il n'a tué personne, n'a rien dérobé à personne, n'en veut à personne et surtout, ne semble déranger personne sauf vous-mêmes et ceux qui vous ont envoyés ici avec lui. Se peut-il qu'il vous agace parce qu'il s'attaque à vos privilèges et s'insurge contre votre douteuse autorité?"

Pilate parlait ainsi parce qu'il détestait tout particulièrement les prêtres du Temple ainsi que toute la clique des dévots et des administrateurs qui gravitaient dans leur orbite, même si tout ce monde soutenaient aussi ostensiblement qu'hypocritement son autorité dans le pays. Les prêtres détestaient également Pilate.

Un huissier l'interrompit: "Procurateur, nous savons tous que tu as la réputation d'un homme sévère * qui ne laisse impuni aucun crime: plusieurs fois, tu as même autorisé l'exécution sommaire des nôtres sans prendre la peine de leur faire un procès équitable. Mais aujourd'hui, nous t'amenons un homme dangereux que nous avons jugé nous-mêmes avec grand soin.

Ce Galiléen soulève le peuple d'un bout à l'autre du pays contre les intérêts de Rome... et tu réagis comme un fonctionnaire insouciant qui semble importuné qu'on le dérange pendant son déjeuner."

En entendant le mot Galiléen, Pilate crut avoir trouvé une porte de sortie: Jésus était citoyen de Galilée et relevait donc de la juridiction du tétrarque * de cette province. Pourquoi, alors, ne pas l'impliquer dans l'affaire Jésus qui semblait relever plus de la chicane religieuse que du délit civil ?

Mais l'instant d'après, son sourire se figea: n'allait-il pas, en se débarrassant de Jésus, jeter ainsi cet innocent dans la gueule du loup? Hérode n'en profiterait-il pas pour se débarrasser enfin d'un éventuel prétendant au trône * que soutenait la ferveur patriotique des nationalistes?

Il hésitait maintenant à laisser partir Jésus.

Tout changea quand un domestique entra dans le prétoire porteur d'un message de son épouse Claudia *. Il se lisait ainsi: Ami, je t'en prie, qu'il n'y ait rien entre toi et ce saint homme que je respecte. Il est innocent de tous les crimes dont on l'accuse: il n'a jamais incité le peuple à la révolte contre Rome et il n'a jamais incité les gens à ne pas payer l'impôt à César. Tout ce dont on l'accuse n'est que mensonge et visiblement ses détracteurs cherchent à l'éliminer parce qu'il leur met des entraves. Cette nuit, je l'ai vu en songe, pendu à une croix, et j'ai beaucoup souffert à cause de lui."

Du coup, Pilate décida d'impliquer Hérode dans ce qui lui semblait, de plus en plus, une insoluble querelle entre "Juifs".

Justement, celui-ci était à sa résidence de Jérusalem pour y fêter la Pâque.

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HOMME SÉVÈRE

Selon le philosophe grec d'origine juive, Philon d'Alexandrie, (13 av. J.-C. - 54 apr. J.-C.) le mandat de Pilate, qui avait la réputation de maltraiter les Juifs, fut marqué par la corruption, la violence, des vols, des outrages, des blessures gratuites, de nombreuses exécutions sans procès et des actes d'une cruauté barbare.

Si on en croit ce témoignage, Pilate n'aurait pas eu plus de scrupules à supprimer Jésus qu'à tuer une mouche du revers de sa main. Tant qu'à nous, nous croyons que dans "l'affaire Jésus", il ne voulait surtout pas faire plaisir à la clique des prêtres et des dévots de Jérusalem qui le haïssait royalement et qui, en retour, le leur rendait bien.

Plus tard, après la mort de Jésus, le gouverneur romain de Syrie fit rappeler Pilate à Rome pour qu'il réponde des crimes perpétrés pendant son mandat palestinien. Selon le théologien et historien religieux Euzèbe de Césarée, il se suicida. Chose étonnante, Pilate est révéré comme un martyr par l'Église copte qui célèbre sa fête le 25 juin.

La pierre de Ponce Pilate

il y est inscrit: Ponce Pilate préfet de Judée

( à Césarée Maritime, mais on ignore où elle a été découverte)

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TRÔNE

Plus Jésus gagnait en popularité auprès des foules, plus son demi-frère Antipas craignait pour son trône. Selon les nationalistes du pays, Hérode n'était pas digne de régner en Galilée et Jésus, à leurs yeux, aurait bien fait l'affaire.

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CLAUDIA

Elle était l'épouse de Ponce Pilate et, en secret, une admiratrice et une disciple du prophète galiléen.

Après la mort de Jésus, quand Pilate fut rappelé à Rome pour y répondre de son administration palestinienne, elle refusa de le suivre et resta à Jérusalem et se joignit au groupe des premiers chrétiens juifs. Elle connut alors Paul. Quand celui-ci fut déporté à Rome afin d'y être jugé et mis à mort, elle l'accompagna... et y mourut également.

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TÉTRARQUE

Ce mot, inventé à Rome, voulait dire: "maître de la 4e partie"

À la mort d'Hérode 1er le Grand (mars ou avril de l'an 4) son royaume fut scindé entre ses 3 fils: Hérode Antipas, Archélaos et Hérode Philippe. On conféra quand même le titre de "tétrarque" à chacun des 3 fils.

Archélaos (fils de la 4e femme d'Hérode, Malthace la Samaritaine) régna sur la plus grande partie du territoire.

Le reste fut réparti entre:

Hérode Philippe (fils de la 5e femme d'Hérode, Cléopâtre de Jérusalem) qui régna pendant de nombreuses années et avec succès sur un territoire difficile, à l'est du Jourdain, constitué de la Batanée, de la Trachonitide, de l'Aurantide et de la Gaulanitide.

Et Hérode Antipas (un autre fils de Malthace la Samaritaine) qui devint tétrarque de Galilée et de Pérée. Il gouverna sagement bien que l'histoire se souvienne de lui comme celui qui ordonna la décapitation de Jean le Baptiste et qui passa en jugement son demi-frère Jésus à la demande du procurateur romain Ponce Pilate.

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