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Le lendemain matin, après un frugal déjeuner pris en la compagnie de quelques amis, Jésus se rendit au Temple pour prier et enseigner la foule qui s'y pressait. Beaucoup de gens étaient sur place pour voir et entendre le nouveau prophète en Israël qui faisait des miracles et qui s'en prenait sans ménagements aux maîtres du Temple, les accusant avec audace de berner le peuple et d'exploiter la naïveté des croyants.
Exceptionnellement, à cause de la Pâque qu'on se préparait à fêter -c'était la veille- l'achalandage autour du Temple était lourd. Des milliers de pèlerins, venus de tous les coins du pays, étaient venus gonfler de façon exceptionnelle le flot régulier des habitués du sanctuaire. Malgré l'heure hâtive, les parvis étaient déjà fort achalandés et les différentes cours, -celle des femmes, des gentils et des prêtres- étaient pleines de dévots venus offrir aux sacrificateurs toutes sortes d'animaux pour être immolés sur l'autel.
Au-dessus de l'autel principal des sacrifices * qu'entouraient une centaine de prêtres et de lévites, s'élevait un impressionnant nuage de fumée d'encens et de chair grillée dont l'odeur, presque suffocante, se répandait largement tout autour de l'enceinte.

En fait, cela ressemblait plus à une cohue désordonnée qu'à un pieux pèlerinage.
Par-dessus les clameurs des marchands et des changeurs, au-dessus l'immense murmure de la foule et les cris terrorisés des animaux qu'on égorgeait près de l'autel retentissaient, à intervalles réguliers, le choc métallique des cymbales et les notes aiguës des trompettes d'argent.

On avait peine à entendre la psalmodie lancinante et monotone des textes sacrés débités sans conviction par les lévites de service, les prières incantatoires des prêtres agglutinés près de l'autel et la voix des prêcheurs itinérants qui se tenaient sur les parvis pour sermonner les groupes de pèlerins.
Partout régnait comme une immense confusion... un grand brouhaha... aussi mercantile que religieux!
Et, exceptionnellement, ce jour-là, la tension était grande.
Le grand-prêtre Caïphe * -suivant l'avis de ses plus proches conseillers- avait posté à tous les endroits chauds du sanctuaire des hommes armés. Il avait même demandé au procurateur romain Ponce Pilate des soldats surnuméraires pour maintenir l'ordre... en cas de désordre...
On avait choisi ce jour pour neutraliser Jésus, l'arrêter, le juger sommairement et le mettre à mort. Et ainsi donner au peuple un éclatant exemple de l'autorité indéfectible des prêtres et de l'efficacité permanente de leurs moyens de répression.
Mais si le sanhédrin * était largement d'accord avec la décision des chefs religieux de neutraliser Jésus, il l'était pourtant moins sur le moment choisi. Certains croyaient l'entreprise plutôt risquée: Jésus était un prophète populaire qui avait largement l'appui du peuple et des nationalistes du pays. L'arrêter au Temple, un jour de fête, devant des milliers de pèlerins et de supporteurs, c'était s'exposer à déclencher une émeute sur le champ.
Mais Caïphe avait décidé de faire fi de toutes ces considérations... et de procéder.
Déjà, dans la Cour des femmes, des centaines de personnes entouraient Jésus, prêtes à l'écouter. Mais comment finir par se faire entendre au milieu d'un tel tintamarre?
Judas Iscariote * s'approcha de Jésus pour lui faire remarquer que beaucoup de compagnons n'étaient pas au rendez-vous: "Tu sais, hier, au repas du soir, tu as déçus plusieurs amis qui n'ont pas accepté que tu nous traites tous de lâches. Remarque comme peu d'entre eux nous ont suivis jusqu'au jardin des Oliviers, cette nuit, et sont avec nous, ce matin! Note également que les Zélotes armés qui nous protégeaient discrètement de la police des prêtres ne sont pas là non plus! Peut-être craignent-ils la présence de tous ces soldats qui exercent ici, aujourd'hui, une étroite et inhabituelle surveillance?
Moi, Jésus, si j'étais toi, je me tirerais d'ici au plus tôt avant que l'irréparable n'arrive...
Vois, tout le monde te surveille et épie tes moindres gestes... et des dizaines d'espions, je suppose, attendent que tu ouvres la bouche pour tenter de te discréditer, te confondre et même t'accuser de paroles sacrilèges devant les dévots.
Viens, ami, ne restons pas ici: le moment n'est pas propice pour enseigner une foule vraiment trop distraite par ce grand bruit... religieux!"
Jésus baissa la tête un long moment et ne dit mot. Il semblait visiblement affecté par les propos de son ami Judas. Dans sa tête brûlante de fièvre et perturbée par la cohue ambiante, tout semblait s'en aller maintenant à la dérive: sa mission, ses amis, sa persévérance à vouloir continuer de sauver le monde... et même sa foi en Dieu!
Dieu qui semblait maintenant l'abandonner... jusqu'au coeur de son sanctuaire en Israël!
Il releva enfin lentement la tête et plongea un regard d'acier dans celui de Judas: "Judas, mon ami, tu as raison: le temps n'est peut-être pas propice à la parole, j'en conviens. Mais il l'est certainement à l'action... Certains gestes parlent souvent plus fort que les discours... "
Se dégageant alors rapidement du groupe qui l'entourait, Jésus se dirigea prestement vers la table d'un changeur * et la renversa d'un solide coup de pied: de nombreuses pièces d'argent, d'or et de bronze roulèrent en tintinnabulant sur les dalles de pierre.
Puis, faisant un fouet avec une corde trouvée au hasard, il se mit à frapper les marchands de colombes et de pigeons assis à une autre table et qui ne s'attendaient surtout pas à une telle explosion de colère.
Jésus criait maintenant de sa voix la plus forte: "Ce Temple est un lieu sacré: la maison de Dieu... une maison de prières... et vous êtes en train d'en faire une caverne de voleurs!"

Et en disant ces mots, il continuait de plus bel à renverser les étalages des marchands et à flageller de son fouet improvisé ceux qui tentaient de le maîtriser. Et vainement, à cause de la foule trop dense, il essaya de se frayer un chemin jusqu'à l'autel principal où on offrait des sacrifices d'animaux. Il continuait à crier: "Dieu ne veut pas de vos sacrifices d'animaux, ni de vos oboles, ni de vos prières marmonnées machinalement!
Dieu veut votre coeur!"
Il ne put aller très loin: déjà des soldats et des policiers du Temple avaient finalement réussi à le maîtriser et tentaient péniblement de le tirer hors de la foule. Beaucoup de gens bousculaient les gardes et les soldats et cherchaient visiblement à entraver leur travail. Des cris fusaient de toutes parts: "Ne touchez pas au prophète!"
Soudain, un individu du nom de Barabbas * -un bouillant nationaliste et un fameux bagarreur, selon certains- se fraya un chemin jusqu'à Jésus et, armé d'un gourdin, frappa l'un des gardes du Temple en criant: "Ne touchez pas à cet homme qui n'a rien fait de mal et qui est l'ami du peuple!" Des gens tout autour renchérirent: "Oui, c'est un homme de bien! Laissez-le aller! Il n'a rien fait de mal!"

Le garde riposta en tirant l'épée et en blessant son agresseur que des soldats romains s'empressèrent de maîtriser et d'arrêter sur le champ.
À son tour, Judas tenta de s'interposer entre son ami et la cohorte qui le tenait captif. Jésus le supplia de ne rien tenter: "C'est maintenant l'heure des ténèbres, Judas, et personne ne pourra plus rien faire pour m'en délivrer!"
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Les sacrifices d'animaux étaient essentiels aux rites du Temple. La journée d'un prêtre commençait par l'immolation d'un agneau par le feu et se terminait de même. Après avoir tranché la gorge de l'animal, on répandait solennellement son sang sur l'autel. Sa chair était ensuite découpée en quartiers et brûlée sur le feu de l'autel.
On immolait ainsi des animaux pour toutes sortes d'occasions et toutes sortes de raisons: pour obtenir le pardon d'une faute (offrande expiatoire), pour la paix, la guérison d'une maladie, l'heureuse conclusion d'une affaire, etc. À l'occasion de la Pâque, on tuait ainsi des milliers d'animaux (boucs, moutons, pigeons, colombes...) dans l'enceinte du Temple. Le sang ruisselait partout sur les pierres de l'autel.
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Grand prêtre juif de 18 à 36. C'est lui qui, avec le sanhédrin, condamna Jésus à mort.
De tous les serviteurs du Temple, le grand prêtre détenait la plus haute autorité. Il était le chef de la communauté juive, et par la loi, chef du sanhédrin, conseil suprême des autorités juives, le seul habilité à trancher les litiges religieux et civils.
Au temps de Jésus, la fonction de grand-prêtre n'était plus un poste à vie, comme autrefois, et son détenteur n'était plus un membre de la lignée sacerdotale de Sadoc, grand prêtre de Jérusalem sous David et Salomon (- Xe siècle). Bien que son autorité politique ait été largement amoindrie par Hérode le Grand (père de Jésus), le grand prêtre était toujours respecté par le peuple.
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C'était le tribunal suprême du judaïsme. Il était composé de 71 membres: prêtres, scribes et laïcs éminents dont l'orthodoxie religieuse et la fidélité aux prêtres étaient irréprochables. Ce conseil exerçait une autorité indiscutable en matière religieuse.
Disposant de sa propre police, le sanhédrin pouvait ordonner des arrestations pour les délits civils, criminels et religieux et faire exécuter un large éventail de punitions dont les cruels 39 coups de fouet pour des fautes graves. Jésus, avant de mourir, fut condamné à ce terrible supplice. Toutefois, il n'avait pas le droit de condamner à mort. Cette peine -on le verra au cours de la passion de Jésus- ne pouvait être décidée que par le procurateur romain.
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Changer l'argent était un service vital au Proche-Orient où circulaient toutes sortes de monnaie: pièces de monnaie romaines ou pièces frappées par les gouvernements locaux dans les provinces ou les cités tout autour de la Méditerranée. Ce service ressemblait à celui qui nous est offert maintenant par les banques avec leurs guichets de change dans les places d'affaires, les aéroports ou les centres commerciaux. Les changeurs de l'Antiquité tenaient habituellement boutique dans les ports , les bazars et autres lieux de commerce.

Les changeurs du Temple, eux, assuraient un service utile -et lucratif- auprès des fidèles qui fréquentaient le sanctuaire et qui devaient payer les prêtres avec des pièces de monnaie qui ne devaient pas porter l'effigie d'un quelconque personnage, l'empereur romain, entre autres. La Loi juive interdisait l'utilisation de telles pièces de monnaie.
Le Temple -comme une banque, aujourd'hui- possédait son coffre-fort où on amassait l'argent donné par les fidèles et aussi, de très imposants trésors. La chambre des sicles, par exemple, renfermait un vaste trésor qui ne cessait d'augmenter avec le temps, alimenté par les impôts annuels prélevés au sein de la population. Les citoyens pouvaient également déposer leur argent dans cette voûte sécuritaire.
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Voir Judas dans les notes de la page 41 (chapitre VII: Le royaume des cieux -Pauvreté et richesse-)
Aussi, voir les notes de la page 14: Jésus adolescent au temple: les frères de Jésus
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Contrairement à ce qu'on raconte de lui dans les évangiles chrétiens et accrédités, il n'est pas le gros méchant bandit que Pilate voulut envoyer à la potence à la place de Jésus afin de pouvoir tirer ce dernier des griffes du sanhédrin.
En fait, c'était un leader nationaliste qui était de toutes les manifestations politiques et de toutes les échauffourées publiques lorsque l'occasion s'en présentait. Il était du groupe qui avait attaqué la suite du roi Hérode Antipas (demi-frère de Jésus) juste avant qu'il n'ordonne la décapitation de Jean le baptiste. (* voir le récit de la page 19, chapitre II)
Comme en fait foi notre récit, Barabbas et Judas furent les seuls témoins que nous connaissons à avoir tenté de s'opposer à l'arrestation de Jésus sur le parvis du temple. Barabbas fut rapidement maîtrisé et arrêté par les soldats romains qui le livrèrent à la justice de l'impitoyable Ponce Pilate qui cherchait depuis longtemps à lui mettre la main au collet.
En même temps que Jésus, il fut condamné à être crucifié. On croit que c'est lui, le bon larron, des évangiles qui demanda à Jésus, avant d'expirer, de l'amener avec lui... dans son Royaume

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