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Jésus quitta donc Béthanie pour retourner à Jérusalem.
Le jour de la fête des pains sans levain (la Pâque) était proche: on était à l'avant-veille de cette fête.
Jésus envoya Simon et son frère Jean à la ville en leur disant:"Allez nous trouver une salle convenable afin que nous puissions tous manger ensemble, ce soir."
Ils lui dirent: "Où veux-tu que nous préparions ce repas?"
Il leur dit: "J'ai un ami là-bas et dites-lui que j'aimerais prendre le repas du soir dans sa maison,* s'il accepte de nous recevoir."
Ils partirent donc et firent la commission demandée.
Le soir venu, Jésus se présenta chez son ami et se mit à table avec ses compagnons préférés, hommes et femmes. En tout, une vingtaine.

Il leur dit:
"J'ai désiré vivement mangé ce repas en votre compagnie, car je pressens maintenant que je suis arrivé à l'ultime moment de ma mission auprès de vous.
Déjà, je sens la haine des prêtres peser lourd sur ma vie: les vautours s'apprêtent à fondre sur leur victime."
Sur ces mots, il se leva de table, versa de l'eau dans un bassin et se mit à laver les pieds * de ceux et celles qui étaient là. Il commença par Simon qui s'opposa net: "Toi, Seigneur, me laver les pieds!"
Jésus lui répondit: "Ce que je fais, tu ne le comprends pas maintenant mais tu le comprendras en son temps"
Simon riposta énergiquement: "Non, Seigneur, tu ne me laveras jamais les pieds!"
À cela, Jésus observa: "Si je ne vous lave pas les pieds à tous, ce soir, il subsistera toujours entre vous et moi un malentendu.
Je ne suis pas votre Seigneur!
Je ne suis pas venu auprès de vous pour être servi mais pour servir.
Je veux être la lampe allumée que vous choisirez de mettre sur la table, et non dessous.
Je veux être le phare perché sur son promontoire et sur lequel vous choisirez de mettre le cap pour traverser les brouillards de la vie.
Portez la lumière partout où vous irez. Mais souvenez-vous que vous n'êtes pas la lumière, mais seulement les serviteurs de la lumière.
Gardez toujours vos coeurs dans l'humilité et partout où vous irez, soyez dans votre entourage comme des serviteurs prêts à aider, à servir.
Moi, je vous dis: Celui qui vous recevra, me recevra."
Ayant ainsi parlé à ses compagnons, Jésus fut troublé en son esprit et il dit en balbutiant:
"Le moment vient où vous m'abandonnerez tous... entre les mains des prêtres et des chefs du sanhédrin."
Tous le regardèrent, stupéfaits. Ils ne comprenaient pas très bien où il voulait en venir. De plus, pour eux, le moment de ce souper exceptionnel était très mal choisi pour leur annoncer leur lâcheté. On l'avait pourtant rassuré maintes fois sur la fidélité inconditionnelle de tout le groupe.
Jean, le frère de Jésus, osa l'interrompre à la suite du regard insistant de Simon posé sur lui:
"Mon frère, depuis un moment tu parles de mort et d'abandon... Crois-tu vraiment que nous sommes devenus des lâches qui allons maintenant t'abandonner alors que pèse sur toi et sur nous tous, tes amis, la haine des prêtres et des sanhédrites?
Après tout ce temps passé avec nous, c'est bien mal nous connaître!
Simon te l'a rappelé, l'autre jour: Personne ne pourra s'en prendre à toi sans nous passer d'abord sur le corps. Même nos amis, les zélotes, sont prêts à tirer l'épée pour toi afin d'assurer ta protection... et aussi te donner le trône du roi Hérode... que tu refuses obstinément.
Sauf que je ne garantis plus leur loyauté à ton endroit: il faut avouer que tu les déçois tous les jours de plus en plus. Ils ne te sentent pas de leur bord et prêt à appuyer leur cause... Ils voient maintenant en toi un timide patriote qui ne veut rien savoir de l'émancipation d'Israël.
De plus, ils sont maintenant très agacés par ton nébuleux royaume des cieux... qui ne rime à rien, il faut en convenir, sinon qu'à séduire les bonnes âmes, les pieuses gens... les bonasses..."
Jésus posa alors tristement les yeux sur les pains placés devant lui sur la table et dit:
"J'en suis maintenant convaincu: je suis pour vous tous une immense déception!
Aussi, mes allures de prophète et de fils de roi... pour ne pas dire de fils de Dieu... au milieu de ceux qui attendent aussi impatiemment que religieusement un messie dans ce pays.
Mais à MOI ?... Non!
Il faut cependant avoir la patience d'ATTENDRE..."
Puis Jésus se tut un bon moment comme pour laisser le temps aux paroles prononcées de trouver le chemin des coeurs et des esprits. Et il poursuivit:
"Frères, je suis encore pour peu de temps avec vous.
Bien sûr, vous me chercherez car il vous semblera que vous avez encore besoin de moi. Mais le temps est venu, pour vous tous, de marcher seuls dans les sentiers où je vous ai menés chaque jour.
Le temps est venu de vous affranchir de ma tutelle... Je ne suis pas une béquille!
Là où je vais, il va de soi que vous ne pouvez me suivre, mais je vous promets de rester en communion avec vous... jusqu'à la fin des temps!
Rappelez-vous: l'ESPRIT ne meurt pas!
Mon esprit ne mourra pas non plus: il vous guidera, vous, ainsi que tous ceux à qui vous l'insufflerez.
Je vous donne un commandement nouveau: Supportez-vous les uns les autres.
Comme j'ai été moi-même votre support, lorsqu'il le fallait ou que vous le sollicitiez.
Partout où vous irez, on saura que vous êtes miens si vous vous entraidez les uns les autres.
Si possible, aimez ceux qui vivent dans votre entourage: l'amour rend plus acceptables les irritants des autres.
L'amour est une perle: ne la jetez jamais à un pourceau..."
Simon interrompit Jésus: "Ami, où vas-tu ainsi qu'il nous soit impossible de te suivre?"
Jésus lui répondit: "Maintenant, tu ne peux pas me suivre où je vais, mais tu me suivras plus tard."
Simon rétorqua: "Mais pourquoi ne puis-je pas te suivre maintenant? Je te l'ai dit maintes fois: Je donnerais ma vie pour toi, s'il le fallait!"
Jésus renchérit: "Tu donnerais ta vie pour moi? Pauvre Simon! Tu seras le premier, parmi tous ceux qui sont ici, à me renier formellement devant mes ennemis, quand viendra le moment de témoigner de ton attachement envers moi."
Irrité autant que blessé par les paroles de Jésus, Simon se leva précipitamment de sa place et quitta la salle sans dire un mot. Toute l'assemblée en resta figée.
Thomas brisa un long moment de silence en s'adressant à Jésus: "Seigneur, tu as blessé Simon en parlant ainsi... Comment peux-tu juger de sa fidélité envers toi, à ce moment-ci? Pire encore, je crois que tu mesures mal notre attachement à ton endroit... Vois. Tu ne te gênes pas pour nous demander de croire en toi, mais toi, par contre, tu nous prends pour qui? Des lâches?
Depuis 3 ans déjà, nous te suivons partout, aveuglément et sans conditions, et nous prenons ta défense toutes les fois qu'il le faut... Souviens-toi, l'autre jour, sur les marches du Temple: nous avons formé une cohorte autour de toi pour te tirer des mains des soldats des prêtres.
Pourquoi faut-il que cette fois-ci, le chemin que tu veux emprunter soit bouché, mystérieux et inaccessible pour nous?"
Jésus les regarda tous avec attendrissement et mit un certain temps avant de répondre: "Parce que, pour le moment, je suis le seul que la mort interpelle.
Mais que votre coeur ne se trouble pas: croyez en la Vie... et croyez en moi. Celui qui croit en moi fera aussi les oeuvres que je fais... et il en fera même de plus grandes.
Au royaume des morts, je continuerai de penser à vous et d'affermir en vous mon esprit afin qu'il demeure toujours en votre coeur.
Je ne vous laisse pas orphelins: je serai avec vous tous jusqu'à la fin des temps.
Si le monde vous hait après mon départ, sachez qu'il m'a haï avant vous.
Si le monde n'arrive pas à comprendre votre message, rappelez-vous que le mien a fait scandale.
Si vous étiez du monde, le monde vous aimerait. Mais parce que vous n'êtes plus du monde et que je vous ai tiré du milieu de ce monde, à cause de cela le monde vous haïra.
Mais je vaincrai le monde!
Vous aussi!"
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Certains historiens croient que c'est dans la maison de la famille de l'évangéliste Marc que le dernier repas de Jésus avec ses compagnons eut lieu.
C'est probablement dans la même maison que se cachèrent certains disciples, après la mort de Jésus.

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Ces ablutions purificatoires étaient une pratique courante du judaïsme. Certains groupes religieux, les esséniens entre autres, accomplissaient chaque jour de nombreuses purifications. Par exemple, avant les repas ou la prière.
Chez les gens fortunés, ce sont les serviteurs ou les esclaves qui lavaient les pieds des visiteurs qui se présentaient à la maison. Ainsi, on comprend mieux Simon de refuser que son "maître" s'abaisse à lui laver les pieds. Mais Jésus insiste: Je ne suis pas votre seigneur... Je ne suis pas venu pour être servi mais pour servir.
