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Pendant que Jésus enseignait sur les bords du Jourdain, à plusieurs kilomètres de Jérusalem par crainte de ses ennemis, son oncle Lazare * se mourait à Béthanie. *

Lazare était le frère aîné de son père Joseph et de ses tantes Élisabeth, Esther et Marthe. Ces dernières envoyèrent donc des gens annoncer la nouvelle à leur neveu, le priant instamment de venir rendre visite à l'oncle avant qu'il ne meure.
Jésus aimait bien son oncle ainsi que ses tantes, mais il n'en continua pas moins sa prédication sans tenir compte du message reçu. Il craignait pour sa vie, car tout près de là, à Jérusalem, les prêtres du Temple tramaient sa perte. Or, deux jours plus tard, on vint lui annoncer le décès de Lazare. Alors, il dit à ses compagnons: "Lazare, mon oncle, est mort. Allons à Béthanie compatir avec mes proches."
Mais ceux-ci lui exprimèrent leur crainte de le voir lapidé s'il retournait là-bas. Thomas prit alors la parole et fit preuve d'un courage inattendu devant ses compagnons hésitants: "Allons-y nous aussi pour mourir avec notre maître!"
Le groupe se mit donc en route vers Béthanie, petite communauté aux confins du désert de Judas, sur le versant est du mont des Oliviers.
Arrivé chez ses tantes, on informa Jésus que Lazare était déjà au tombeau. Sur place, beaucoup d'amis de la famille étaient présents pour accompagner Marthe et Esther dans leur deuil.
En voyant Jésus entrer dans la maison, Marthe fut amère: "Mon neveu, si tu étais venu plus tôt, tu aurais pu adoucir les derniers moments de ton oncle qui a attendu vainement ta visite."
Jésus l'embrassa affectueusement: "Mon oncle n'avait pas besoin de moi pour mourir en paix: ses proches étaient déjà auprès de lui et vous lui avez témoigné toute l'affection souhaitable, j'en suis persuadé. Vous l'avez aidé de votre mieux à franchir le jardin qui sépare sa maison terrestre de sa demeure éternelle.
Quand quelqu'un meurt, il n'est pas besoin que beaucoup de gens soient près de sa couche: la qualité des accompagnants importe davantage que leur nombre.
Tu sais, Marthe, on peut mourir seul... même très entouré.
Beaucoup de gens meurent seuls, même lourdement entourés, parce qu'ils n'arrivent pas à rejoindre la compassion de ceux qui les veillent. Ou ils se sentent accompagnés par des gens désemparés, plus affectés par leur peine personnelle que sensibles à l'angoisse de celui qui cherche, à tâtons, la porte de sortie.
Beaucoup de gens meurent seuls, affligés par la tourmente qui va déchirer la famille après leur départ. La mort d'un père ou d'une mère creuse souvent un fossé profond dans les relations familiales. D'ailleurs, la mort est souvent un puissant révélateur des tensions familiales latentes.
Crois-moi, tante, on peut être à côté d'un mourant... et n'être pas là.
Parce qu'on ne sait pas comment être là, ni pourquoi être là.
Accompagner un mourant ne va pas toujours de soi.
Par exemple, on ne peut pas accompagner dans la mort quelqu'un avec qui on n'a jamais pu cheminer dans la vie. Ou on ne peut pas accompagner quelqu'un dans l'Au-delà si la mort est pour soi-même un épouvantail ou une affreuse réalité qu'on n'a jamais voulu mettre au coeur de ses réflexions.
Celui qui meurt en paix s'en va toujours de l'autre-côté de la vie accompagné de l'amour de ceux qu'il aime... et qui l'aiment. Il entre au paradis.
Celui qui meurt dans la haine, quant à lui, s'en va toujours accompagné de l'hostilité de ceux qu'il déteste... et qui le détestent. Il entre en enfer.
La mort est un mystère que seuls les gens de réflexion peuvent approcher et... accepter.
La mort fait peur aux gens qui craignent d'aller au fond des choses et de scruter les abîmes de l'absolu: la mort est le fond de la vie.
À la perte d'un être cher, c'est moins sa vie qui nous échappe que sa mort qui nous envahit."
Marthe interrompit Jésus en sanglotant: "Jésus, tu dis de grandes et graves choses sur la mort mais si tu étais venu plus tôt, tu aurais peut-être pu guérir mon frère Lazare, comme tu as su, d'ailleurs, guérir bien d'autres personnes, la plupart des étrangers que tu ne connaissais même pas!"
Jésus regarda fixement en direction du sépulcre où reposait Lazare: "Il y a un temps pour vivre et un autre pour mourir. Crois-moi, Marthe, on meurt toujours à son heure, heure mystérieusement réglée par notre propre vie, elle-même branchée sur celle de l'Univers.
Personne ne meurt trop tôt ou trop tard.
Ton frère est mort. Je n'y peux rien. Et je n'y pourrai jamais rien.
On ne ressuscite pas les morts. Mais on peut garder en vie leur esprit.
Toi, Marthe, et toi, Esther, et vous tous qui m'écoutez, vous pouvez ressusciter l'esprit de Lazare si vous le voulez. Car les morts ne meurent que dans l'esprit des vivants.
Pour moi, le corps de Lazare pourrit dans son tombeau mais son esprit reste incorruptible. Il survit dans le mystérieux monde des entités spirituelles: comme la nouvelle pousse survit à la pourriture de la graine mise en terre.
Le plus timide bourgeon est la preuve qu'il n'y pas de mort réelle.
C'est pour cela qu'il faut passer sa vie à nourrir l'essentiel: l'Esprit qui est en nous.
Il faut le développer. L'épanouir.
Parce que l'Esprit est l'essentiel de nous-mêmes qui ne meurt pas et qui subsiste au-delà du tombeau.
L'esprit de nos actions, de nos réalisations, du bien que nous avons fait autour de nous... malheureusement aussi, du mal que nous avons engendré.
Mais ici-bas, il nous est possible de survivre à la fois dans la mémoire des êtres aimés et aussi dans la pérennité des actions posées.
Mais il est également possible d'y mourir: la mémoire des vivants peut être le plus obscur des tombeaux pour les morts."
Un auditeur posa la question: "Ami, que faut-il penser de ceux qui s'enlèvent délibérément la vie? Ont-ils raison d'agir ainsi? Par un tel geste, contrecarrent-ils le plan divin sur eux?"
Jésus se donna un bon moment de réflexion avant de répondre: "Il y en a qui attendent que la mort viennent à eux, et d'autres choisissent d'aller à la mort.
Dans les deux cas, selon moi, chacun meurt mystérieusement à son heure.
Quoi que nous en pensions tous, chacun est maître de sa vie... et de sa mort qui en est le parachèvement.
Bien sûr, pas de celle des autres. Personne n'a le droit d'attenter à la vie de son prochain.
Mais parfois, c'est une belle et grande charité d'aider un proche qui nous le demande à abréger une vie qui n'a plus de sens pour lui et qui ne lui offre que souffrances et désenchantement.
Pour certains, c'est l'ultime issue du désespoir, l'aboutissement malheureux d'une grande souffrance... souvent mal appréciée des proches.
Personne ne doit juger!
Moi aussi je vais à la mort: une mort certaine et proche.
Mais je n'y vais pas de moi-même: d'autres la complote et la trame tout autour de moi.
D'épaisses ténèbres m'enveloppent, de jour en jour plus épaisses. Ténèbres qui me dérobent parfois la lumière qui est en moi. Et alors, je ne suis plus sûr de rien.
Je suis venu à Jérusalem pour aller à la rencontre de ma mort... qui me fait peur... malgré tout ce que j'en sais et que j'en dis.
La mort, je le crois, dissipe les ténèbres et fait jaillir la lumière.
Mais il n'est pas facile de la rencontrer en face avec son cortège d'angoisses et d'amertumes, d'interrogations et de remises en question, d'abandons et de ruptures.
J'ai peur de mourir dans vos coeurs!
J'ai peur qu'on oublie, après ma mort, qui j'ai été, ce que j'ai fait et dit...
Et surtout, je me demande si j'ai TOUT accompli, ici-bas... si je l'ai BIEN accompli.
Seul votre souvenir affectueux pourra me ressusciter d'entre les morts... d'entre les oubliés de l'Au-delà.
Ce que je vous ai dit et ce que vous m'avez vu faire, allez dans tout le pays en témoigner.
Annoncez aux hommes leur LIBERTÉ.
Annoncez aux hommes leur FORCE.
Sachez que je vous ai tous aimés, comme une mère aime ses enfants, comme le bon pasteur aime ses brebis.
Sans l'amour, vous marcherez toujours à tâtons dans les ténèbres.
L'amour est tout.
Quand bien même vous parleriez toutes les langues des hommes de la Terre, si votre vie n'est pas comblée par l'amour vous êtes comme une cloche qui sonne, une cymbale qui résonne.
Quand bien même vous auriez le don de prophétie, la science de tous les mystères de ce monde ainsi que la connaissance de toutes les choses; quand bien même vous auriez toute la foi nécessaire pour déplacer les montagnes, si votre vie n'est pas comblée par l'amour, vous n'êtes rien.
Quand bien même vous donneriez tous vos biens aux pauvres ou que vous feriez toutes sortes de bonnes actions, si votre vie n'est pas comblée par l'amour, cela ne vous servira de rien.
Mais attention au bonheur !
Tous ceux qui étaient présents dans la maison de Marthe et d'Esther écoutaient Jésus avec attention et plusieurs étaient émus.
Alors, Esther s'approcha de son neveu avec un vase rempli d'un parfum de grand prix et lui en oignit les pieds qu'elle essuya ensuite dans les plis de sa robe.
Du coup, la maison fut remplie de l'odeur du parfum.
Simon, le frère de Jésus, celui qu'on surnommait le Zélote, s'indigna devant tous du geste posé par sa cousine: "Pourquoi gaspiller ce parfum de grand prix? Il aurait mieux valu le vendre et en donner le prix aux pauvres que de le verser sur les pieds de mon frère!"
Sans s'offusquer de l'attitude jalouse de son frère, Jésus répondit: "Ce parfum qu'elle a versé sur mes pieds, c'est le rituel d'un embaumement que je n'aurai jamais, d'une sépulture que je n'aurai pas après ma mort. Car tous, vous allez m'abandonner et vous allez laisser mes bourreaux jeter mon corps aux chiens errants et aux corbeaux.
Vous aurez toujours des pauvres parmi vous, mais moi, je m'en vais... et ce geste d'amour d'Esther me réconforte grandement."
En disant cela, les yeux de Jésus s'emplirent de larmes et sa voix se brisa d'émotion.

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Selon nous, Jésus n'a pas ressuscité Lazare, comme on peut le lire dans le texte de l'évangile de Jean. D'ailleurs, le frère cadet de Jésus est le seul à raconter cette histoire invraisemblable et on peut se demander ce qui l'a poussé à le faire... surtout qu'il devait être présent à Béthanie lorsque Jésus s'y est rendu avec ses compagnons: Lazare, était son oncle à lui aussi.
Nous croyons que le texte évangélique de Jean a été manipulé par les exégètes et les traducteurs tout au cours des siècles afin d'auréoler Jésus d'une puissance divine... qu'il n'avait pas. Ce que l'on sait maintenant de l'évangile de Jean, c'est qu'il n'en est probablement pas l'auteur. C'est le plus tardif des 4 évangiles et aussi... le plus complexe. Probablement écrit à Éphèse, vers 95, ce serait le travail d'un groupe de disciples de Jean, plutôt que le travail d'un seul homme.

Par contre, cette visite au tombeau de son oncle Lazare a permis à Jésus d'offrir aux personnes présentes, pour l'occasion, un remarquable exposé sur la mort en général et sur sa mort à lui, mort qu'il croyait -avec raison- toute proche.
De plus, ce fut également l'occasion pour lui de nous livrer un magnifique éloge de l'amour.
Et que dire de cette touchante scène où Esther baigne les pieds de Jésus d'un riche parfum... rite prémonitoire d'un embaumement qui n'aura jamais lieu.
Cette visite de Jésus à Béthanie provoqua la fureur du sanhédrin qui craignait de voir Jésus revenir prêcher sur les parvis du Temple et faire d'autres miracles au su et au vu d'une foule qui se faisait toujours plus sympathique à son endroit. De plus en plus de Juifs semblaient prêts à suivre ce nouveau chef rebelle que soutenaient ostensiblement le groupe des Zélotes. En conséquence, chez les membres du sanhédrin, on craignait une éventuelle intervention romaine qui viendrait étouffer -peut-être dans un autre bain de sang- ce nouvel espoir nationaliste.
C'est le grand prêtre Caïphe qui tire alors la clochette d'alarme: "... il est préférable pour nous tous qu'un seul homme meure pour le peuple et qu'ainsi la nation entière ne soit pas détruite." À ce stade, les prérogatives du pouvoir et le maintien de l'ordre public semblaient l'emporter sur tout autre considération. La décision fut donc prise d'éliminer Jésus le plus vite possible.
D'après Jean -l'évangéliste- , les prêtres et les pharisiens firent le nécessaire pour que toute personne connaissant l'endroit où se trouvait Jésus le leur signale immédiatement. Il leur semblait évident qu'un homme tel que Jésus ne raterait pas l'occasion de se montrer dans la cité au moment où les foules afflueraient pour la Pâque.
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C'était le village natal de Lazare, d'Élisabeth (mère de Jean le baptiste), de Joseph (père de Jésus), de Marthe et d'Esther. Ce bourg était proche de Jérusalem, du côté du mont des Oliviers. On l'identifie à l'actuel El-Azarieh en Israël.
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