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La femme adultère
Chapitre VIII: La méprise

Cette nuit-là, Jésus se rendit avec quelques compagnons sur le Mont des Oliviers pour y prier et chercher un refuge pour dormir.

Le matin venu, il retourna au Temple où, une fois de plus, la foule s'assembla autour de lui pour l'entendre.

Alors, des scribes et des pharisiens lui amenèrent une femme surprise en adultère: ils la traînèrent jusqu'à lui pour lui dire: "Maître, cette femme a été surprise en flagrant délit d'adultère et Moïse, dans sa Loi, nous ordonne de lapider de telles femmes. Toi, qu'en penses-tu?"

Ils disaient cela pour l'éprouver afin de pouvoir l'accuser.

Mais Jésus ne répondit rien.

Il se contentait d'écrire avec son doigt sur la poussière accumulée sur les pierres du parquet.

Agacé par son silence, l'un des accusateurs pressa Jésus de répondre. Alors, il se redressa et dit laconiquement: "Que celui qui est sans péché lui jette la première pierre !"

Puis, il se rassit et continua d'écrire sur la poussière des dalles.

Dans la foule, on resta muet pendant un long moment: chacun regardant tour à tour l'accusée prostrée près de Jésus qui ne disait mot et les accusateurs à la fois gênés et irrités.

Mal à l'aise, ceux-ci se retirèrent les uns après les autres, laissant la femme agenouillée près de Jésus qui refusait de la condamner. Ce dernier se leva enfin et dit: "Femme, où sont ceux qui, tout à l'heure, t'accusaient? Quelqu'un t'a-t-il condamnée?"

Gênée, elle répondit relevant la tête vers lui: "Non, Seigneur, personne!"

Jésus de lui répondre en lui prenant affectueusement la main: "Moi non plus, je te condamne pas. Va en paix! Et ne commets plus cette faute!

Tu n'auras pas toujours près de toi des alliés indulgents pour prendre ta défense et empêcher qu'on s'en prenne aussi bien à ta faiblesse qu'à ta détresse."

Puis, s'adressant à la foule figée sur place:

"Honte à l'intransigeance de notre Loi qui écrase les fautifs!

Honte à la lettre de notre Loi qui prévaut sur l'esprit qui doit l'éclairer!
Honte au dogme au nom duquel on peut tuer, mutiler ou emprisonner celui qui s'y dérobe!
Honte à ce pays, comme à d'autres d'ailleurs, où la loi sert de couverture à ce qu'il y a de plus vicieux chez l'homme: l'intolérance!
Honte à ce pays, comme à d'autres d'ailleurs, où la loi protège les vices des hommes et abuse de la faiblesse des femmes!
Honte à ce pays, comme à d'autres d'ailleurs, où les femmes sont à la fois objets des convoitises sexuelles des hommes et leurs esclaves,
épouses dévouées et laborieuses et victimes de leur violence et de leur mépris,
sanctuaires où ils font l'amour et dépotoirs de leurs haines.
 
Honte aux hommes qui méprisent les femmes!
Honte aux religions qui asservissent les femmes!
Honte aux sociétés qui exploitent les femmes!
 
Honte aux hommes qui voilent les femmes pour étouffer chez eux l'appétit sexuel qui les dévore! Honte aux agresseurs des femmes: ceux qui exploitent leur chair ou leur condition sociale précaire.
Honte à ceux qui en font des servantes, des putains ou des femelles reproductrices.
 
Honte à ceux qui méprisent l'amour que deux femmes se portent.
Personne ne peut juger la normalité de cette émotion.
L'amour reste l'amour: une fleur du coeur.
Le mépris reste le mépris: une plaie du coeur."

La foule fut surprise et choquée d'entendre de telles paroles: les hommes grommelaient leur désaccord pendant qu'un pharisien éclata: "Tu es un monstre et un possédé du démon!

Tu prêches un enseignement contre-nature qui va à l'encontre de toutes les lois naturelles et des commandements de Dieu!

Tu mérites qu'on te coupe la langue, qu'on te perce le coeur d'une épée et qu'on jette tes restes aux cochons!"

Sans s'émouvoir, Jésus lui répondit ironiquement: "Ami, tu as raison! On devrait couper la langue de tous ceux qui tiennent un autre langage que le tien et qui pensent autrement que toi et tes semblables.

Dans l'univers de ton intolérance, seuls ceux qui ont ta foi pourraient survivre en paix et creuser davantage l'enfer autour d'eux....

Mais ne t'inquiète pas! Ton désir deviendra bientôt réalité... Regarde autour de nous tous ceux qui bavent d'impatience en attendant le jour où l'on me fera taire!

On me fera bientôt mourir à cause de ce que je dis et mon corps, comme celui des scélérats, sera jeté dans la fosse commune où mes chairs seront dévorées par les rapaces et les chiens errants...

Mais tu peux me croire: Au-delà du charnier où mon corps pourrira, je continuerai à vivre... et ma pensée poussera toujours assez bien sur le fumier de l'intolérance!

Mais quant à toi, tu peux me croire aussi, ta triste mémoire sombrera inexorablement dans l'oubli: l'indigence intellectuelle n'a jamais eu longue vie!

Tu prétends que j'enseigne des choses contre-nature? Que sais-tu toi-même d'exact et de certain au sujet de cette même nature que tu prétends si bien connaître?

Qui t'a révélé les insondables secrets de l'amour? Qui t'a éclairé les profondeurs de l'âme à propos de ceux qui s'aiment? Et depuis que tu es au monde, qu'est-ce qu'on t'a appris de bien à part les préceptes de la Loi mosaïque? Qu'est-ce qu'on t'a inculqué de bien à part les enseignements de la Bible?

Crois-moi, sur les choses de l'amour, je n'en sais peut-être pas plus que toi, mais je pressens une réalité: On est quelque part dans le droit chemin et la normalité quand on aime quelqu'un d'un amour sincère et responsable, peu importe l'identité sexuelle de cette personne-là.

L'homme qui aime un autre homme, la femme qui aime une autre femme: voilà pour moi quelque chose de bien mystérieux... mais que je respecte... avant même de le condamner.

Alors, moi je vous dis encore une autre fois: Gardons-nous de juger! Évitons le mépris!

Appliquons-nous surtout à comprendre et à aider!

Comprendre et aider suppose l'amour. Et conduit au ciel.
Condamner, mépriser et punir suppose la haine. Et conduit en enfer... L'enfer des coeurs bouchés.
 
Dieu n'aime pas les justes... ni leurs sbires, les justiciers !

Au Royaume des Cieux, il y a plus de joie pour un pécheur qui se repent de ses fautes que pour 99 justes qui se croient tels et qui ne sentent pas le besoin de faire pénitence."

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