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Les deux aveugles de Jéricho
Chapitre VIII: La méprise
Jésus réconforte les aveugles de Jéricho
tableau peint au XVIIe par un artiste de l'école génoise

En sortant de Jéricho, une grande foule commença déjà à se former autour du cortège des compagnons. Et voici que deux aveugles, assis au bord du chemin, se mirent à crier: "Jésus, fils de Joseph, aie pitié de nous!"

Les proches de Jésus tentèrent en vain de les faire taire mais ils crièrent encore plus fort: "Jésus, nous t'en supplions, aie pitié de nous!"

En les entendant, Jésus s'arrêta et demanda qu'on lui amène les deux hommes. C'est alors qu'il leur demanda: "Que voulez-vous de moi?"

"Que tu nous fasses voir!" reprirent les deux aveugles d'un même souffle.

Ému de compassion, Jésus leur toucha les yeux et dit: "Je ne puis pas vous guérir de votre cécité, mais je peux peut-être vous faire entrevoir l'essentiel qui est au-dedans de vous, si vous acceptez que je vous guide dans ce voyage intérieur.

L'important, ce n'est pas de voir ce que tout le monde voit: c'est plutôt de pouvoir accéder à l'univers de l'Essentiel.

Heureusement, on n'a pas besoin d'yeux pour voir l'Essentiel.

Parfois, la cécité peut donner accès au monde de l'essentiel qui est en nous. Comme n'importe quel autre handicap physique, d'ailleurs. L'infirmité qui nous afflige est une invitation à découvrir d'autres choses de notre corps, et de l'âme qui l'habite.

La patience, par exemple.
La contemplation, peut-être.
La relativité de nos besoins, bien souvent,
et la priorité de certaines choses, à coup sûr.
Toutes choses qu'on ne se donne pas la peine d'acquérir, autrement, bien souvent.

Moi, je vous dis: Le handicap physique accepté comme source d'épanouissement -non pas de renoncement- c'est l'amorce du mouvement.

La main qui n'est pas là, mais l'esprit qui palpe à sa place: c'est le mouvement intérieur.
Les yeux qui sont éteints, mais l'esprit qui continue à scruter à leur place: c'est le mouvement intérieur.
Les jambes qui sont paralysées ou coupées, mais l'esprit qui marche à leur place: c'est le mouvement intérieur.

Le mouvement intérieur qui conduit souvent ailleurs. Parfois plus loin que toutes nos agitations extérieures.

Nouvelle liberté!

Seul le mouvement intérieur délivre. Et c'est le seul qu'il nous est donné de contrôler vraiment.

Je peux faire le tour du monde à pied sur mes deux jambes.
Je peux scruter le ciel immense les deux yeux rivés sur les astres et les étoiles.
Je peux réaliser les plus belles créations artistiques avec mes deux mains et mes dix doigts.
Je peux prononcer les plus beaux discours avec ma bouche et ma langue.
Je peux écouter les choses les plus sublimes avec mes oreilles...
Mais si je suis paralysé intérieurement, je m'étiole comme la fleur sur sa tige. Comme la fleur qui sèche au soleil, privée d'eau.

Chaque organe sain de l'homme est une force.

Mais s'il y a désordre, faiblesse ou rupture dans cet organe, cette force se perd inutilement, comme l'eau qui passe par-dessus la digue sans actionner la roue.

Mais si nous récupérons cette force, nous ne perdons rien. Nous sommes gagnants, quelque part.

Vous, mes amis, vous avez choisi de mendier sur le chemin au lieu d'appliquer votre esprit à tirer le meilleur parti possible de votre corps handicapé... Au lieu de chercher les nouvelles possibilités d'une force naturelle déviée de sa trajectoire normale.

Vos yeux sont éteints, je le reconnais. Mais votre esprit reste tout de même dans la lumière. Il y a donc d'autres choses à faire, pour vous, que de vous plaindre et d'attendre...

Attendre l'obole qui va subvenir à vos besoins.
La main qui va guider vos pas.
La compassion de ceux qui vous plaignent.
Le miracle qui va tout arranger.

Parfois l'attente est bénéfique: l'hiver est attente et le printemps, démarrage.

Mais l'attente entretenue et prolongée indûment n'arrange rien, ne développe rien, ne nous apprend rien, ne nous mène nulle part et ne fait guère avancer les choses.

Attendre est parfois sagesse, mais d'autres fois, fait pourrir sur place.

Voyez plutôt ce que pourraient faire de bien deux hommes -pleins de santé par ailleurs- qui ont perdu l'usage de la vue, certes, mais qui devraient avoir appris à développer d'autres habiletés, une autre façon de s'orienter dans la vie.

Une autre façon de se voir eux-mêmes et de voir les autres.

Il y a deux sortes de cécité: aveugle de la vue et aveugle de la vie.

Tentez de découvrir la vie.

La vie intérieure".

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