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La vie éternelle
Chapitre VII: Le Royaume des Cieux

Et voici qu'un homme s'approcha de Jésus pour lui demander: "Ami, quels obligations dois-je remplir pour obtenir, à la fin de mes jours, la vie éternelle?"

Jésus se recueillit un bon moment avant de répondre: "Pourquoi m'interroges-tu sur ce que tu dois faire de bon pour obtenir la vie éternelle? Chose certaine, il n'y a pas de recettes pour la vie éternelle. Pas plus qu'il y en a une, ici-bas, pour être heureux.

Si tu veux préparer convenablement ta vie éternelle, je te conseille de bien vivre celle-ci.

Comme à tous les hommes de la planète, la Vie te donne tout ce qu'il faut pour suivre ton chemin unique ici-bas. Chemin qui croisera immanquablement, un jour ou l'autre, celui de la vie éternelle.

Ami, va ton chemin dans la vie sans chercher l'approbation des autres. Que chacune de tes pensées et chacun de tes actes soit une démarche honnête et éclairée vers ton destin... unique.

Laisse les autres juger. Te juger.

Te juger, souvent à travers l'étroitesse de leur vision déformée par les préjugés ou le dogmatisme."

L'homme répliqua: "Il faut donc que je vive selon les principes de ma conscience et de mes convictions personnelles?"

Jésus confirma: "Dieu-la-Vie nous a donné cette unique liberté: celle de tenter d'accorder notre vie à nos aspirations."

L'homme fit remarquer à Jésus: "Je crois lucidement qu'il y a en moi beaucoup trop de mensonges et de ténèbres pour que je me risque à prendre une telle liberté? J'ai grand besoin de guides et de balises pour voir clair en moi-même et orienter sagement ma vie."

Jésus observa: Pour voir clair en soi-même et trouver son chemin à soi, il faut être libre!

Libre de toute autorité...

celle des guides et des balises,
des modes et des coutumes,
des dogmes et des commandements.

Libre de la peur!

peur des qu'en-dira-t-on,
peur des menaces,
peur des pressions,
peur des mise-au-pas,
peur de soi-même: de ses faiblesses, de ses errements, de ses hésitations, de son ignorance, etc.

Retenons bien ceci: "La vérité est toujours au-dedans de nous, comme une source intarissable."

C'est à nous d'y boire... sans nous demander à tout propos si cette source est empoisonnée.

Bien sûr, il y a des moments dans la vie...
où les ténèbres nous la dérobent,
où nos passions la souillent,
où l'attrait des illusions terrestres nous en fait perdre le goût... et la nécessité."

L'homme s'enquit: "Mais n'y a-t-il pas beaucoup d'orgueil et de suffisance à vouloir se gouverner soi-même et à chercher sa propre vérité?"

Jésus précisa: "Je ne crois pas!

Il faut plutôt un grand courage pour s'aventurer dans l'inconnu de toutes choses, hors des sentiers battus, et tracer son propre chemin.  Pour exister, il faut être soi-même. Et surtout croire en soi pour réaliser ce que l'on est.

Il n'est jamais rassurant de n'être jamais rassuré,
de toujours marcher à tâtons en marge des dogmes,
des soi-disantes révélations
et des certitudes de tout le monde.

Bien sûr, pour traverser le torrent tumultueux et profond de la vie, la plupart d'entre nous préféreront le solide pont de pierres à la corde raide tendue au-dessus du précipice par des casse-cou."

L'interlocuteur s'informa: "Mais, ami, pourquoi la quête de la vérité doit elle être de préférence une entreprise difficile et hasardeuse plutôt qu'une recherche sereine et confortable? J'ai des amis qui semblent tellement confortables et à l'aise dans leur foi!"

Jésus sourit: "Oui, tellement confortables d'être assis dessus!

Malheureusement, la vérité ne s'attrape pas au vol comme un oiseau que l'oiseleur voudrait prendre dans son filet.

La vérité, comme la vie, est mouvance, mutation et progrès.
Jamais arrêtée...
comme voudraient nous le laisser croire les tenants de vérités révélées et de dogmes figés dans la foi.

Ce que tous croient vrai, un jour donné, ne l'est souvent plus les jours d'après.

C'est pour cette raison que les chercheurs... cherchent constamment... et finissent par trouver autre chose.

Ce que l'on croit vrai est toujours insidieuse invitation à ne plus chercher autre chose... ailleurs.

La vérité trouvée est comme le quai pour le bateau: protection, repos, inaction.
Fixation également.
Mais les bateaux ne sont pas faits pour rester au quai.
Ils sont faits pour voyager sur la mer, même démontée.
Ils sont faits pour explorer et sillonner toutes sortes de routes, même périlleuses!

Rechercher la vérité, c'est tenter de voir lucidement toutes choses.

Par exemple, voir la vie telle qu'elle est.
Dieu tel qu'il est.
Les rois et leurs valets tels qu'ils sont.
Les prêtres et les politiciens tels qu'ils sont.
Les parents et les amis tels qu'ils sont.
Les marchands de bonbons et de promesses tels qu'ils sont.
Les dogmes et les vérités révélées tels qu'ils sont.
L'univers, tel qu'il est.
La souffrance, la maladie, la mort et le mal, tels qu'ils sont... en face!

C'est ça, la recherche de la vérité: c'est essayer de comprendre davantage, d'y voir plus clair.

Et ce que l'on trouve, en faisant cet effort -parce que ça demande toujours un effort- n'est pas toujours très confortable, ni très serein, ni très apaisant.

Mais ça peut l'être aussi, à l'occasion!

Mais toute recherche de la vérité exige les lumières des autres...
des autres à qui on peut faire confiance...
des autres qui ont fait leurs preuves...
des autres qui savent autres choses que nous...
des autres qui n'imposent pas leurs croyances...
des autres que la vie a rendu sages...
des autres qui ne se sont pas assis sur leurs croyances...
des autres qui ne demandent rien en retour de ce qu'ils donnent...

Je suis d'accord: il faut commencer par manger les fruits et les légumes qui poussent dans son propre jardin. Ensuite, il est sage d'aller au marché public acheter ce qui nous manque.

Comprenez moi bien: La recherche personnelle ne dispense personne de la communion aux autres.

L'homme demanda alors à Jésus: "Ami, qu'est-ce que le péché pour toi?"

Jésus lui expliqua ce qu'il avait déjà maintes fois expliqué à d'autres: "Ce que j'appelle péché, c'est ce qui n'est plus bon pour moi.

Par exemple, l'eau reste toujours l'eau, même souillée. Mais de bonne qu'elle était, elle est devenue impropre à la consommation et c'est impossible de s'en servir pour se désaltérer, laver ou nettoyer. Elle n'est pratiquement plus utilisable.

Ce qui n'est plus utilisable, c'est ça le péché.

Et on peut mettre fin au péché en s'efforçant de réaliser dans notre vie ce qui pourrait être bon pour soi.

Je n'ai pas à m'affoler de l'eau sale. Elle est sale. Voilà!

Mais je peux la purifier, si je le veux, en la retournant dans le lit de la rivière ou en filtrant sa boue et ses déchets dans le sable et les roches.

Il n'y a pas de limites au bien et au bon dans nos vies.

Nos seules limites sont celles de notre paresse, de notre égoïsme, de notre ignorance et de notre manque d'imagination.

Notre refus d'agir."

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page 46 » Le jugement de Dieu et celui des hommes

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