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La parabole des ouvriers dans la vigne
Chapitre VII: Le Royaume des Cieux

"Le Royaume des Cieux est semblable à un vigneron qui sortit tôt de sa maison, le matin, afin de louer des ouvriers pour sa vigne. Il en trouva un certain nombre qu'il envoya chez lui en convenant avec eux d'un denier * pour la journée.

Il sortit également vers neuf heures et il en trouva d'autres sur la place publique qui ne faisaient rien. Allez vous aussi travailler à ma vigne et je vous paierai ce qui sera raisonnable. Et ils y allèrent.

Il sortit de nouveau à l'heure du midi ainsi qu'au milieu de l'après-midi et il fit de même.

Enfin, lorsqu'il sortit à la fin de l'après-midi, il en trouva d'autres sur la place publique qui ne faisaient rien. Il leur dit: Pourquoi restez-vous ici, désoeuvrés? Ils lui répondirent: Personne ne nous a embauchés! Il leur dit, à eux aussi: Allez travailler chez moi et je vous donnerai un juste salaire.

À la tombée du jour, quand le moment fut venu de payer tout le monde, le maître de la vigne dit à son intendant: Appelle les ouvriers et paie-leur le salaire convenu, en allant des derniers jusqu'aux premiers.

Ceux qui furent engagés à la fin de l'après-midi se présentèrent donc les premiers et chacun reçut un denier, selon ce qui avait été convenu. Et les autres vinrent ensuite croyant recevoir davantage, mais chacun reçut également un denier. Mais en le recevant, ils murmurèrent contre le maître en disant: Ces derniers n'ont travaillé que quelques heures et tu oses les traiter à l'égal de nous qui avons porté tout le poids du jour et la fatigue d'une pleine journée de travail!

Le maître rétorqua: Mon ami, quel tort est-ce que je te fais? N'avions-nous pas convenu, tous les deux, d'un denier? Alors, si je t'ai donné ton dû, tu n'as qu'à t'en aller! Si je veux donner à ces derniers autant qu'à toi, ne m'est-il pas permis de le faire sans obtenir au préalable ton assentiment? Je suis bien libre d'utiliser mon argent comme je le veux! Pourquoi faut-il que tu voies d'un mauvais oeil le fait que je sois bon pour ces gens-là?

Ainsi, au Royaume des Cieux, les choses se passent bien autrement qu'au Royaume des Hommes: ce qui semble logique, dans ce dernier, n'a pas de commune mesure avec ce qui l'est, dans le premier."

Surpris par une telle conclusion, un auditeur demanda à Jésus d'expliciter sa pensée. Et Jésus précisa:

"La justice des hommes vaut ce qu'elle vaut. En général, ce qui est juste c'est de donner davantage à celui qui en fait plus, et moins à celui qui en fait moins.

Si c'est gros, ça vaut plus, si c'est petit, moins.
Si c'est réussi, c'est correct, si c'est manqué, c'est décevant.
Si tu respectes les lois, tu as l'approbation de tous, si tu es fautif, tu t'attires leur réprobation.
Si tu es riche, tu as droit à l'admiration des autres; par contre, si tu es pauvre et misérable, tu n'as droit qu'au mépris.

Bref, telle est la justice des hommes.

Et c'est avec ce type de justice que les hommes se stimulent au travail, à l'effort et à la vertu.
Et c'est avec cette même justice qu'ils punissent sévèrement l'erreur et la faute.

Au ROYAUME DES CIEUX, la justice ne s'établit pas ainsi.

Ce qui est juste...

C'est de répondre aux besoins particuliers de chacun.
C'est de respecter l'individu dans ce qu'il est capable ou incapable de faire.
C'est d'être attentif autant à l'effort qu'à l'échec de son prochain.
 
C'est d'aider le faible à se renforcer,
le pusillanime, à s'armer de courage,
le fautif, à se reprendre,
l'égaré, à retrouver sa route -pas nécessairement la même que la nôtre-.

Au Royaume des Cieux, les hommes ne sont pas récompensés et appréciés selon leurs prétendus mérites ou leurs prétendues vertus. En général, les hommes s'attribuent des vertus et des mérites qui marinent dans le mensonge. On ne juge pas non plus sur les résultats: ce qui compte, c'est d'ESSAYER... toujours.

Au Royaume des Cieux, les hommes sont valorisés en tant que fils de Dieu...
tous égaux devant Lui,
tous uniques face à Lui,
tous irremplaçables, quant à Lui.
 
Tous, instruments mystérieux de son travail créateur dans l'Univers entier.

Moi, je vous le dis: Il n'est pas vrai que Dieu exerce sa justice en récompensant ou en punissant.

Dieu ne connaît pas ce genre de justice que les hommes pratiquent -les forts et les puissants, surtout- pour mieux dominer et assujettir.

Dieu est vie.

Or, la vie ne récompense et ne punit personne.

Mystérieusement et incompréhensiblement, la vie DONNE et ENLÈVE à chacun de nous.
Afin de nous faire ÉVOLUER, changer.
Donne parfois le superflus.
Et d'autres fois, retire l'utile et le nécessaire.
Du moins, nous en jugeons ainsi.

La Vie, elle, juge autrement que nous. Procède à partir d'une autre dynamique que la nôtre.

D'une autre justice."

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DENIER

 

denier d'argent frappé à l'effigie de Tibère; cette pièce valait une journée de travail.

Ancienne monnaie romaine, d'argent, valant 16 as.

Caius Marius (environ 100 ans avant J.-C.) abolit la conscription des soldats romains et engagea des soldats de métier pour une durée de 16 ans; il leur donna un salaire annuel de 120 deniers.

Également, ancienne monnaie française.

 

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