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Chapitre VII

LE ROYAUME DES CIEUX
 
 
Pauvreté et richesse

Ce matin-là, en arrivant à Capharnaüm près de la mer de Galilée, un percepteur d'impôt s'approcha de Judas * et lui dit: "Est-ce que ton maître est maintenant disposé à payer ce qu'il doit à notre Gouvernement?"

Jésus, ayant entendu la demande du percepteur, questionna Judas assez fort pour être entendu du fonctionnaire: "Que t'en semble, Judas? Les rois de la Terre, de qui perçoivent-ils les tributs et les impôts de toutes sortes dont ils emplissent leurs coffres? De leurs enfants? De leurs parents? De leurs amis? Ou des peuples qu'ils gouvernent en les opprimant plus souvent qu'autrement?"

Judas lui répondit avec une belle assurance: "Bien sûr, il est connu de tous que les gouvernements s'enrichissent presque toujours à même la misère des pauvres et que les riches, pour le rester, ont tout intérêt à soutenir les rois et les princes qui protègent leurs privilèges."

Jésus répliqua immédiatement: "Judas, mon ami, tu parles fort juste! Les gouvernements en place sont souvent ceux des gens fortunés qui soutiennent, en priorité, les intérêts de la classe possédante.

Et quand ils s'avisent, parfois, de donner quelques miettes aux pauvres, c'est pour mieux acheter leur servilité et leur docilité.

Ouvre notre bourse, Judas, prends un statère * et donne-le au percepteur.

Et toi, percepteur, va dire au César de Rome et à Hérode, son valet, que c'est obligé et à regret que nous leur donnons l'argent des pauvres pour...
paver d'or les marches de leurs palais,
payer la solde de leurs mercenaires armés,
habiller de pourpre et de fin lin leur vaniteuse personne,
couvrir leurs tables de mets succulents et de vins capiteux,
organiser de somptueuses réunions et faire de dispendieux voyages,
soudoyer leurs prêtres et les divinités qu'ils servent,
acheter leurs esclaves."

Rouge de colère, le percepteur fulmina: "Toi et les tiens n'êtes que des têtes chaudes qui enflammez le coeur et l'esprit des pauvres gens par vos discours subversifs.

En fin de compte, vous êtes des révoltés qui soulevez le vent de la tempête autour de vous. Mais attention! Un jour viendra où vous serez au coeur même de cette tempête... qui vous perdra.

Vous êtes, vous aussi, comme tous ces pauvres dont vous voulez améliorer le sort:
des profiteurs qui vivez au crochet de ceux qui vous font l'aumône,
des paresseux qui n'apportez rien à l'économie locale,
de grands parleurs qui sont plus forts en mots qu'en actes,
des jaloux qui méprisez l'argent et le pouvoir de l'argent... que vous n'avez pas.

Oui, l'impôt que je collecte est souvent l'argent arraché aux plus démunis et à ceux qui n'ont pas les moyens de ne pas le donner. Il pue la misère!

Mais c'est avec cet argent que je gagne ma vie et celle de mes enfants. Et je me préoccupe fort peu de ce qu'en feront César ou Hérode et tous les profiteurs qui grapillent dans leur cour.

Mais gare à vous et à vos familles!
Il en coûte cher, quand on est petits et minables, de s'insurger contre l'autorité de l'argent."

Jésus riposta aussitôt: "Gare, plutôt, à ceux pour qui tu travailles!

La misère des pauvres est patiente et résignée, parfois même insouciante, mais quand elle s'insurge et dit: C'est assez! des têtes couronnées sont alors coupées, des trônes renversés, des privilèges foulés aux pieds et des droits usurpés repris de force.

Je vous le dis: Les riches entreront difficilement au Royaume des cieux.

Il est plus facile à un chameau de passer sous une porte basse qu'à un riche d'entrer dans le Royaume des cieux. *"

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JUDAS

C'est le frère de Jésus: voilà ce qui pourra surprendre bien des gens. (pour d'autres informations, cliquez sur ce lien avec la page 14: Jésus adolescent au Temple -les enfants de Marie et Joseph-)

Il a cru fermement en la mission de son aîné et fut l'un de ses plus fidèles compagnons tout au long de sa vie publique. Ardent nationaliste fréquentant assidûment les cercles zélotes de Galilée, il espéra jusqu'au dernier moment que Jésus allait finir par révéler à tous sa filiation avec le roi Hérode le Grand et se proclamer roi d'Israël face à l'occupant romain. On ne sait pas très bien d'où lui vient et qui lui a donné ce surnom d'Iscariote qui n'a aucun sens en hébreux ni en araméen. Certains historiens penchent en faveur d'un mot d'importation, le terme latin sicarius (sicaire) c'est-à-dire tueur à gages (armé d'un poignard).

Dans le cercle des compagnons de Jésus, il n'était pas aimé: on lui reprochait une certaine arrogance ainsi que de mal gérer les biens de la bourse commune que Jésus lui avait confiée. Lévi (Matthieu) le méprisait tout particulièrement. Contrairement a ce qui a été dit à son sujet dans les évangiles accrédités, il n'a jamais trahi Jésus et ne l'a jamais livré aux soldats des prêtres lors de l'épisode du Jardin des Oliviers. Il ne s'est pas pendu non plus. D'ailleurs, on ne s'entend pas sur la nature de sa mort qu'on s'est visiblement attaché à rendre la plus ignominieuse possible: l'évangéliste Matthieu (XXVII, 3-5) nous dit que Judas, pris de remords après sa trahison, est allé se pendre. Dans les Actes des Apôtres (I, 16-20) on écrit: Judas s'étant acquis un champ avec le salaire de son forfait est tombé la tête la première et a éclaté par le milieu et toutes ses entrailles se sont répandues... C'est du cinéma. Quand on tombe la tête la première sur une roche, je ne crois pas que ce soit le ventre qui s'ouvre par le milieu.

Les évangiles ont fait du cinéma en faisant de lui un traître : c'est salir honteusement sa mémoire et la vérité historique. Judas,frère de Jésus, fut l'un de ses plus fidèles compagnons et ce dernier l'avait en grande estime.

Voilà la vérité toute simple.

Cette TRAHISON de Judas, pour le compte des Romains ou des Prêtres du Temple, est une autre de ces fables que l'on trouve dans les évangiles chrétiens et qui, nous semble-t-il, relève de la plus haute absurdité. En effet, pourquoi les Romains ou les Prêtres auraient-ils eu besoin d'un traître pour mettre la main au collet de Jésus ?  Celui-ci, la dernière semaine de sa vie, prêchait tous les jours sur les parvis du Temple: il était donc une proie facile à cueillir !  Si on ne voulait pas l'arrêter le jour, devant le groupe de ses amis et de ses auditeurs par crainte d'un mouvement de foule incontrôlable, il était quand même facile de l'arrêter la nuit, même dans un endroit secret: les espions des prêtres l'ayant à l'oeil en tout temps.

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L'Évangile selon Judas

Sur cette dernière page de l'Évangile de Judas on déchiffre: Evanggelion Youdas

C'est un livret inédit -et très abîmé- en feuilles de papyrus rongées qui ne paie pas de mine. Il sort tout droit des 52 manuscrits trouvés par hasard, en 1945, à Nag Hammadi (en Égypte). (voir les détails à la page 102). Il est lacunaire: on a perdu la moitié du document (probablement le milieu) c'est-à-dire une trentaine de pages. Malgré tout, ce document pourrait nous apprendre des choses intéressantes  sur Jésus et son frère Judas. Je dis (pourrait) car il n'est pas encore officiellement publié: il est présentement entre les mains d'une fondation suisse (Maecenas  Foundation for Ancient Art) censée le rendre à la postérité (en 2006, à Pâques) quand on aura fini de le déchiffrer.

Écris en copte, il fut probablement copié -comme tous les autres apocryphes de Nag Hammadi- vers le IVe siècle à partir de textes grecs écrits, eux, entre l'an 50 et 150, (donc, contemporains de la rédaction des évangiles canoniques).

L'Évangile de Judas appartient à une tradition littéraire qui fleurissait en Égypte à l'époque romaine et que l'on qualifie généralement de gnostique (pour plus de détails, allez à la page 101 et suivantes). Le gnosticisme (du grec gnose, connaissance spirituelle) était un ensemble de cercles initiatiques plus ou moins secrets, païens et chrétiens tout à la fois et qui considéraient le Monde comme l'oeuvre du Diable. De plus, les gnostiques méprisaient les juifs et leur dieu Yahvé. Ils les considéraient comme les responsables de toutes les imperfection et malédictions de ce bas monde et de toutes les illusions dont les hommes sont victimes et qu'une poignée d'élus (eux, les Gnostiques) surmontera à la fin des temps.

Dans le cas qui nous intéresse, l'évangile de Judas (selon l'évêque de Lyon Irénée -130-208- qui a combattu vigoureusement toute sa vie les sectes gnostiques) serait l'oeuvre principale d'une secte gnostique particulière: les Caïnistes. Installés en Égypte, ces derniers s'estimaient les héritiers de Caïn, le premier forgeron (qaïn, en hébreu ancien) et le sacrificateur de son frère jumeau, Abel.

On sait très peu de choses sur cette secte gnostique mais le seul fait de considérer Judas Iscariote comme un Initié (le seul des 12 apôtres, soit dit en passant) est en soi une information capitale.  En effet, pour les Caïnites, Judas, en tant que légataire de Caïn (le fils du Vrai Dieu et récipiendaire de la Sophia, la Sagesse divine) est un personnage essentiel dans l'accomplissement du sacrifice de Jésus pour la rédemption du monde. En d'autres mots: Sans Judas, point de salut!

À l'inverse de certains évangélistes comme Jean et Matthieu pour qui la possession diabolique ou encore l'avarice de Judas sont les seuls motifs de sa trahison, les Caïnites, eux, devaient considérer que Judas, le bien aimé de Jésus, avait la plus difficile des missions: livrer le Sauveur aux Romains parce que Dieu le lui avait demandé. Une thèse d'ailleurs soutenue par le professeur Hyam Maccoby du Leo Baeck Institute de Londres.

Hyam Maccoby

Professeur au Leo Baeck Institute de Londres, Hyam Maccoby a été rédacteur en chef de The Jewish Quaterly ,

a publié notamment Revolution in Judaea (Jesus and the Jewish Resistance) (1980);

The mythmaker Paul and the invention of christianity, Paul et l'invention du christianisme, Lieu commun, 1987;

Judas Iscariot and the myth of Jewish Evil (1992);

A. Pariah People : the anthropology of antisemitism (1996); Jesus the pharisee (2003).

En conclusion: Judas n'est ni le traître des évangiles chrétiens ni le co-rédempteur des humains, thèse soutenue par les Caïnites dans l'évangile de Judas. C'est le frère de Jésus et son plus fidèle supporteur avec Jean, le cadet de la famille et leur soeur Rachelle.

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LE ROYAUME DES CIEUX

Pour Jésus, le Royaume des Cieux n'est pas un endroit quelconque, dans l'Au-delà, où loge Dieu, ses anges et ses saints et où seront envoyées et récompensées, après leur mort, les saintes âmes de la Terre.

Pour Jésus, ce Royaume à gagner, c'est un état d'esprit à acquérir dès ici-bas; un état de perfection auquel sont conviés tous les Hommes de bonne volonté qui veulent vraiment vivre de l'esprit de Dieu.

Pour Jésus -on le verra dans les pages subséquentes- le Royaume des cieux fonctionne radicalement à l'envers des royaumes terrestres. De sorte que les gens attachés aux valeurs et aux biens de ce monde ne peuvent absolument pas y avoir accès. Pour la bonne et simple raison que ça ne peut pas les intéresser.

Comme le dit le Psalmiste: "Les cieux sont les cieux du Seigneur, mais la terre, il l'a donné aux hommes." Ce qui signifie que c'est la tâche de l'humanité de faire de la terre un monde meilleur, plein de justice, d'amour, de miséricorde et de paix et non de s'évader vers un monde meilleur, un paradis  au-delà des cieux.

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STATÈRE

Monnaie d'argent valant de 2 à 4 drachmes. Le statère d'or, lui, valait de 20 à 28 drachmes. Au temps de Jésus, cette pièce de monnaie étrangère avait été introduite en Palestine par l'occupant romain, entre autres. Jésus remit donc au percepteur d'impôt qui le sollicitait un statère d'or comme pour lui faire comprendre: "Tiens, je te donne une pièce d'or qui vient des Romains... et bien, remets-la aux Romains."

"Donnons à César ce qui vient de César, et à Dieu ce qui lui revient!" avait déjà dit Jésus.

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