Page 37

La parabole de l'ivraie
Chapitre V: Le thaumaturge

Se tournant vers son auditoire, Jésus lui proposa cette parabole:

"Le Royaume des cieux est semblable à un homme qui ensemença son champ.

Lorsque la semence commença à sortir de terre et à porter fruit, la mauvaise herbe apparut également. Les serviteurs vinrent donc au-devant du maître et dirent: Seigneur, il y a de la mauvaise herbe dans ton champ qui pousse au milieu de la bonne et qui risque de lui nuire.

Veux-tu que nous l'arrachions tout de suite?

Non, répondit ce dernier, car en voulant la déraciner, vous pourriez arracher également ce qui est bon.

Encore une fois, on demanda à Jésus d'expliquer sa parabole.

"Tentez de comprendre ce que je vais vous expliquer.

Dans les champs poussent les mauvaises herbes et les bonnes.

Depuis toujours, elles croissent ensemble et il en sera ainsi éternellement.

C'est dans l'ordre des choses et personne n'y changera quoi que ce soit.

Ainsi en est-il du champ de la vie des Hommes. Le bien et le mal y poussent ensemble.

Et c'est ça la vie: le bien et le mal toujours liés ensemble et qui le seront jusqu'à la fin des temps.

Contrairement à ce que beaucoup de gens croient, il n'y a pas, quelque part, en haut, un dieu parfait qui génère uniquement du bien et ailleurs, en bas, un démon méchant qui n'engendre que du mal.

Comprenez bien ceci: DIEU et DIABLE sont intimement liés ensemble.

Comme le bien et le mal dans nos vies.

Comme les bonnes et les mauvaises herbes dans les champs.

Plus vrai encore: On n'a pas besoin de Dieu pour nous faire du bien ou du Diable pour nous faire du mal. La vie s'en charge.

Par ailleurs, comment pouvons-nous affirmer qu'une herbe est mauvaise et qu'une autre est bonne? Je crois que c'est une question de perception personnelle.

Par exemple, je peux être convaincu qu’une herbe est mauvaise parce qu'elle empêche mon blé de croître normalement. Par contre, quelqu'un d'autre peut être convaincu du contraire et la considérer comme bonne parce qu'elle nourrit tel oiseau, parce que tel insecte en tire parti, ou à cause de l'influence bénéfique qu'elle a dans le cycle naturel de la vie.

Si, selon moi, tel autre type d'herbe est bon parce que je m'en nourris. Par contre, quelqu'un d'autre peut être convaincu du contraire et la considérer comme dommageable pour les autres éléments vivants qui la côtoient.

Mais on peut se mettre d'accord sur une chose: le MAL c'est tout ce qui nous fait mal à l'âme et au corps. Et le BIEN, c'est tout ce qui nous fait du bien au corps et à l'âme.

Et en général, c'est à peu près les mêmes choses pour tout le monde.

Ainsi, me font mal....

mes maux de dos ou de ventre,

l'injure des autres,

la trahison des amis,

le deuil des êtres chers,

le feu à ma maison,

la guerre dans mon pays,

le vol de mes biens

le viol de mon intégrité

et les cataclysmes de toutes sortes dont je suis la victime.

Et me font du bien...

l'amitié des autres,

un bon repas,

la prospérité dans les affaires,

la santé florissante,

le support des amis,

la paix et la joie dans ma famille,

l'amour et le respect de mes enfants,

la caresse d'un animal familier,

la vue d'une fleur ou le chant d'un oiseau.

Mais ce qui est bien ou mal pour moi n'est pas nécessairement bien ou mal pour un autre.

Je le répète, c'est une question de perception, de coutumes, de culture, d'éducation, d'information, de préceptes religieux et de lois sociales.

Moi, je peux me trouver mal sous le soleil brûlant, tandis qu'un autre peut très bien l'apprécier.

Moi, je peux me trouver mal de travailler le jour du sabbat, et un autre, y trouver son profit.

Moi, je peux me trouver mal de faire la guerre, d'autres, y trouver l'occasion de défendre des valeurs et de se montrer braves et héroïques.

Moi, je peux trouver mal de voler, un autre, y voir le seul moyen de s'approprier l'essentiel ou de se faire justice.

Moi, je peux trouver affreux de tuer quelqu'un ou de chasser l'animal, un autre, y trouver du plaisir.

Moi, je peux bien prôner le pardon des injures et des offenses, un autre, être en faveur du oeil pour oeil, dent pour dent... etc.

Bien sûr, notre perception du bien et du mal peut être discutable.

Par exemple, la mort n'est pas un mal en soi, comme le croient plusieurs personnes.

C'est nous qui la voyons comme tel.

Ou encore, la maladie n'est pas un mal en soi, comme le croient la majorité des gens.

C'est nous qui la ressentons comme tel.

Les cataclysmes qui bouleversent la nature ne sont pas, en soi, des maux, même si nous les percevons comme tels.

Mort, maladie ou cataclysmes -chacun à leur façon- sont les agents nécessaires du renouveau et du recommencement.

De la VIE, quoi!

Le RENOUVEAU est ainsi fait qu'il naît nécessairement...

de la mort de ce qui est vivant,

du désordre de ce qui est ordonné,

du bouleversement de ce qui est en place,

du dérèglement de ce qui est réglé.

Jamais la vie ne serait apparue sur cette planète sans le CAHOS initial des éléments qui la composent.

Et la vie cesserait, sur notre planète, si cette dernière cessait, du jour au lendemain, d'être bouleversée, d'avoir mal à tout moment quelque part.

Oui, le mal engendre la vie!

La dent qui pousse fait mal à l'enfant.

Le bébé qui vient au monde fait mal à sa mère.

La semence qu'on jette en terre pourrit... et meurt.

Mais l'été venue, elle produit 5, 10, 20 fois sa mise.

L'incendie de la forêt la régénère.

Le gel de l'automne fait mourir des milliards de fleurs, de plantes et d'insectes...

Et en pourrissant sur place, tous ces éléments de mort préparent efficacement la renaissance de la vie... Au printemps.

La nouvelle vie!

L'éternelle vie.

La vie éternelle.

Tout ce qui est dans l'univers se détériore, se défait... et se refait autrement.

Jamais exactement de la même façon.

Sans cesse, tout ce que l'Homme crée, bâtit ou pense, depuis des millénaires, se détériore, se défait.

Et d'autres hommes, année après année. le refont autrement.

Le repensent autrement.

Le vivent autrement.... Sans cesse...

Et tout cela se fait nécessairement dans le chaos, l'anarchie, le désordre, les guerres et les révolutions, les bouleversements et les tempêtes, la fureur des éléments... la douleur...

À travers le mal.

Moi je vous dis: la paix. le bonheur, la tranquillité et la stabilité -toutes ces choses que nous recherchons avec véhémence et empressement- ne créent rien, n'engendrent rien, n'accélèrent rien.

Ce ne sont que des moments nécessaires de repos, des haltes... des temps morts... dont on a besoin, pourtant, pour affronter de nouveau les incessantes perturbations de la vie.

Le mal de vivre!

Moi, je vous le dis: Le bonheur est vide. Le malheur est plein!

À bien y penser...

C'est toujours la peine qui nous mène dans les sentiers de la joie.

C'est toujours la frustration qui nous apporte les rares moments de plénitude.

C'est toujours l'épreuve qui nous introduit dans les havres étroits de la paix.

C'est toujours la souffrance qui rétablit les frêles équilibres du repos.

Méfions-nous des marchands de bonheur,

des vendeurs de repos,

des illusionnistes qui veulent colorer notre vie en rose.

La vie est un combat acharné, agrémenté, ici et là, de courtes et nécessaires trêves.

Si nous cherchons des vérités, en voilà tout un lot à creuser!

Mais n'allez surtout pas croire que vous allez facilement les déchiffrer.

Et à partir du moment où nous savons que la vie est difficile, que nous le comprenons et que nous l'acceptons, alors, elle l'est moins: son poids semble plus facile à porter.

Comprendre quelque chose en défait le mystère et en extirpe l'angoisse.

Malheureusement, c'est du contraire que nous voulons nous convaincre.

C'est un autre discours que nous désirons tous entendre.

Et il ne manque pas, ici-bas, de marchands de bananes qui voudraient nous gaver de la pulpe farineuse de leurs beaux discours sur la vie en rose.

Entendez bien ce que j'ai à vous dire maintenant:

Le mal est nécessaire, mais nous n'avons pas à l'accepter: ni le mal de l'âme, ni celui de l'esprit,

ni celui du corps, ni celui des hommes, ni celui des éléments.

C'est en combattant le mal que nous faisons éclore le bien.

C'est en faisant reculer les limites du désert que nous donnons vie à la plaine.

C'est en harnachant le torrent tumultueux que nous tirons profit de la force de l'eau.

C'est en faisant la guerre que nous gagnons la paix.

C'est en soignant les maladies que nous assurons la santé.

C'est en maîtrisant nos colères que nous contrôlons le mieux notre agir.

C'est en secouant notre paresse ou notre peur que nous pouvons être efficaces.

C'est en marchant à travers les difficultés qu'on vainc les obstacles et qu'on arrive au but.

Le mal, partout où nous le voyons, ressentons et pressentons doit être combattu avec insistance, fermeté et discernement:

l'égoïsme,

la suffisance,

la cruauté,

la lâcheté,

l'injustice,

la mauvaise foi,

le fanatisme,

la haine,

le harcèlement,

le mensonge,

l'hypocrisie,

l'abus,

la domination,

l'escroquerie,

le meurtre,

la vengeance,

la maladie,

la souffrance,

la peur...

Moi, je vous dis: Le mal est incontournable, mais jamais acceptable.

Certains maux ont souvent ceci de bien dans nos vies: ils incitent à nous positionner, prendre parti, lutter, faire des choix, changer des comportements, passer à l'action, solliciter des appuis

et chercher des complicités.

La racine d'une grande partie de nos maux est l'ATTACHEMENT désordonné

aux êtres et aux choses.

Peur et mal de perdre...

un être cher,

sa santé,

sa réputation,

son gagne-pain,

ses biens,

ses habitudes,

son confort...

Et pourtant, toutes ces pertes nous arrivent pour que...

nous passions à autre chose,

allions voir ailleurs,

explorions d'autres pistes,

adoptions d'autres comportements,

expérimentions d'autres modes d'être.

En définitive, pour que nous PROGRESSIONS.

Nous transformions.

Nous métamorphosions.

Progressions dans le chemin unique qui nous a été tracé de toute éternité.

Non pas sur le chemin facile que nous aimerions suivre.

Le pire des maux? Nous laisser vaincre par le mal.

Ou de le laisser faire, par peur, lâcheté ou intérêt.

La pire lâcheté? Se TAIRE devant le mal... en attendant que les choses s'arrangent, se tassent.

Le mal?

Ce n'est pas d'échouer dans sa lutte contre lui, de manquer son coup, de se tromper quant à l'action à poser, d'être écrasé par lui. L'erreur et l'échec sont des maux inévitables.

La pire des attitudes? C'est l'INACTION.

Pour triompher, le mal n'a besoin que de l'inaction des gens de bien.

Ne rien faire par peur d'échouer, de manquer son coup, de se tromper, de se faire battre, d'en sortir blessé et même d'y laisser sa vie.

L' IMMOBILISME est un grand mal.

La CERTITUDE aussi!

Qui est également un arrêt.

Par crainte de la douleur, nous essayons souvent d'éviter les problèmes, de fermer naïvement les yeux sur eux, espérant ainsi qu'ils disparaîtront de façon magique.

Nous essayons de leur échapper plutôt que d'affronter la souffrance qu'ils portent.

Pourtant, c'est dans cette démarche d'affrontement que notre vie trouve toute sa signification.

Faisant appel à notre courage et à notre discernement."

=============================================================================================

Page 38 » Le témoignage de Simon

répertoire

Évangile Jésus