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Mission des compagnons
Chapitre V: Le thaumaturge

Jésus parcourait toutes les villes et les villages enseignant dans les synagogues, prêchant la bonne nouvelle du Royaume à venir et guérissant beaucoup d'infirmités et de maladies.

Voyant la foule nombreuse qui le suivait, il fut ému de compassion pour elle parce qu'elle ressemblait à un troupeau sans pasteur.

Il dit alors à ses compagnons *: "Quand je ne serai plus avec vous, dispensez à votre tour l'enseignement et l'exemple que je vous ai donnés. Que Dieu vous donne aussi mes pouvoirs: celui de chasser les esprits impurs et de guérir infirmités et maladies.

Allez partout porter l'Esprit que j'ai mis en vous.

Mais n'allez pas vers les illuminés qui savent déjà tout, ni vers les esprits tordus qui n'auront que faire de vos enseignements.

Allez plutôt vers les coeurs simples et droits qui seront disposés à vous accueillir chaleureusement dans leur intimité.

Tentez surtout d'entrer en contact avec ceux que la peine et la misère accablent, ceux qu'on méprise, ceux qu'on n'écoute jamais, qu'on exclue. Partagez avec eux votre paix intérieure et le réconfort de votre écoute et de votre compassion.

Vous aussi, guérissez les malades et chassez les démons *, instruisez ceux qui ont faim et soif de savoir.

De moi, vous avez tout reçu gratuitement: donnez aussi gratuitement aux autres.

N'allez pas en groupes: partez chacun de votre côté vous mêler à vos concitoyens, comme le levain dans la pâte.

Ne cherchez pas à former sectes ou églises,
ni groupes d'élus ou de choisis,
ni toutes ces choses qui divisent les hommes au lieu de les rassembler,
qui les excluent plutôt que de les accueillir.
Ne vous faites pas appeler Maître... Personne ne doit avoir de maîtres.
Chacun doit être humblement et lucidement son propre maître.

Ne vous faites pas, non plus, appeler Sage, Initié ou Seigneur... ou de n'importe quel autre titre fallacieux qui laisserait croire aux naïfs que vous êtes au-dessus d'eux... ou meilleurs qu'eux.

Acceptez plutôt d'être des compagnons, des confidents, des amis ou des aides.

N'acceptez ni or, ni argent, ni salaire, ni gratification quelconque pour l'aide ou le bien que vous dispenserez aux autres. Ne mendiez pas: subvenez à vos propres besoins. Vous n'êtes pas des vendeurs de bonne-nouvelle, ni des commis-voyageurs de Dieu.

En entrant dans une maison, souhaitez la paix à ceux qui l'habitent. Si ses habitants en sont dignes, votre paix les habitera. Mais s'ils n'en sont pas dignes, votre paix vous reviendra.

Lorsqu'on ne vous recevra pas ou qu'on ne vous écoutera pas, n'en soyez point offusqués et ne méprisez pas ceux qui refuseront de vous entendre: VOUS N'AVEZ PAS LE MONOPOLE DE LA VÉRITÉ.

Vous n'avez même pas la VÉRITÉ.

Vous avez votre vérité: celle qui vous convient... et celle que je vous ai confiée...
Et les autres ont la leur: celle qui leur convient... et celle qui leur vient des autres...
Proposez à vos hôtes de chercher ensemble, avec eux, respectueux de leur acquis, mais aussi, forts du vôtre.
 
Vous êtes mes amis et vous ne serez pas mieux traités que moi. Déjà, certains vous détestent à cause de moi. Quand on vous persécutera dans une ville -à cause de mon nom ou du message que vous portez- allez dans une autre. En vérité, je vous le dis: Vous n'aurez pas achevé de parcourir les villes d'Israël que déjà un esprit nouveau soufflera sur tout le pays et ceux d'alentour.

Ne craignez pas ceux qui peuvent tuer le corps mais qui ne peuvent détruire l'esprit qui l'habite. Craignez plutôt ceux qui peuvent vous induire au mal ou à l'erreur.

Voyez les moineaux qui volent au-dessus de vos têtes. Ils ne valent pas grand chose, croyez-vous à tort! Cependant, il n'en tombe pas un à terre sans la volonté divine qui mène ce monde. Ne craignez donc point vos ennemis, car vous valez bien autant que des moineaux.

Quand vous partagerez ma pensée avec d'autres, je serai au milieu de vous pour vous éclairer et vous supporter.

Ne croyez surtout pas que je sois venu sur terre apporter paix, harmonie et facilité.

Je suis venu plutôt pour apporter discorde, guerre et provocation *.

Je suis venu opposer le fils à son père,
la fille à sa mère,
le disciple à son modèle,
le vassal à son seigneur,
l'esclave à son maître
et les fidèles à leurs prêtres.
 
Mon message est provocation.
Il est feu et glaive!

Il s'oppose à tout ce qui est domination de l'esprit, sujétion de la pensée et de l'agir, oppression de la volonté, détournement de l'intégrité personnelle."

Pendant que Jésus parlait, lui et les siens traversèrent des champs de blé. C'était le jour du sabbat. Certains, qui avaient faim, arrachèrent des épis et se mirent à les froisser dans leurs mains pour en extraire la farine et se rassasier. Scandalisés, les pharisiens dirent à Jésus: "Tes disciples font ce qu'il n'est pas permis de faire le jour du sabbat."

Jésus répliqua: "N'avez-vous jamais lu dans vos livres sacrés ce que fit un jour David et ses amis quand ils eurent faim? Ils entrèrent dans le temple de Dieu et mangèrent les pains qui avaient été déposés, en offrandes, sur l'autel. C'était pourtant défendu par la Loi... et un grand sacrilège!

Mettez bien ceci dans vos têtes enclines à se scandaliser de tout: Dieu préfère d'emblée la miséricorde au sacrifice, le pardon de l'offense à la condamnation, le bon sens à l'observance stricte de la Loi."

Par après, Jésus entra dans la synagogue pour y enseigner. Et voici que sur place se trouvait un homme qui avait le bras paralysé.

Or, pour forcer Jésus à se compromettre, des scribes lui demandèrent s'il était permis de guérir quelqu'un le jour du sabbat. Avec finesse, Jésus répondit: "Lequel d'entre vous, s'il n'a qu'une brebis, et que celle-ci tombe dans un ravin le jour du sabbat, ne s'empressera de descendre dans ce ravin afin de l'en retirer rapidement?

Ne croyez-vous pas qu'un homme vaille bien autant qu'une brebis?

S'il est donc permis, le jour du sabbat, de faire du bien à un animal, ne croyez-vous pas qu'on a la même permission quand il s'agit d'un homme?"

Alors, il dit avec autorité à ce dernier, devant toute la foule assemblée: "Étends ta main vers moi!"

L'homme s'exécuta aussitôt... et son bras malade devint sain comme l'autre.

Choqués de ce qu'ils venaient de voir et d'entendre, les pharisiens sortirent hors de la synagogue et se consultèrent sur les moyens de faire condamner Jésus. Mais celui-ci, mis au courant de leur dessein pervers, s'éloigna rapidement de l'endroit. Mais la foule continua de le suivre.

Ce jour-là, Jésus guérit plusieurs malades en leur recommandant de ne rien dire aux prêtres afin de ne pas les exaspérer.

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MISSION DES COMPAGNONS

Comme le souligne, à sa façon, cette page d'évangile, Jésus n'envoie pas systématiquement ses compagnons en mission dans tout le pays de Palestine... Encore moins, à travers le vaste monde. Il ne leur dit surtout pas cette phrase que l'on retrouve dans l'enseignement officiel de l'Église catholique: "Allez, enseignez toutes les nations et baptisez-les ...." lui qui n'a baptisé aucun de ses disciples, contrairement à ce que Jean faisait avec les siens. Jésus prépare surtout ses compagnons à son départ de ce monde: il leur trace un programme à suivre, s'ils veulent bien le suivre. Il leur trace une ligne de conduite. Une manière d'être fidèle à son enseignement.

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"JE SUIS VENU APPORTER DISCORDE, GUERRE ET PROVOCATION..."

Nous sommes ici au coeur de l'enseignement de Jésus. Voilà, selon nous, l'essentiel de son message. Voilà ce qui lui a attiré la haine de ses ennemis... et l'a conduit tout droit à la mort... de la croix.

Contrairement aux "bondieuseries" qu'on a toujours voulu nous laisser croire, Jésus n'est pas mort pour expier nos péchés (il n'en avait que faire!) Ni par amour pour nous qu'il ne connaissait pas... Avouons qu'il est difficile d'aimer... par anticipation.

Il est mort à cause des paroles choquantes qu'il a dites, surtout à l'endroit des prêtres du Temple. D'ailleurs, ce sont eux qui ont arraché à Pilate sa condamnation à mort.

Jésus n'a pas consacré sa vie à dire "de belles et innocentes choses sur Dieu" ni à nous faire des discours "gnin-gnin-gnin". Lui, le pauvre, le démuni, il a pris parti pour les exclus, les sans-voix, les malades (physiques et mentaux), les rejetés, les faibles, les exploités de son temps.

Il dira: "Bienheureux les pauvres car le Royaume est pour eux!"

L'évangéliste Matthieu traduira pauvres par mal foutus (en grec prochos qui veut dire destitués, relégués au bas de l'échelle sociale)

Au départ, Jésus s'est imposé comme le défenseur de tous les LAISSÉS-POUR-COMPTE de son pays: tous ceux qui étaient opprimés par des plus forts qu'eux: les enfants, les pauvres, les malades, les naïfs, les illettrés, etc.

Jésus dit, dans une société où les enfants sont dominés par leurs parents, où les pauvres sont exclus de la vie sociale des riches, où les prêtres exploitent la piété des fidèles, où le pouvoir romain accable la population de ses impôts, où les charlatans de toutes sortes abusent de la naïveté des bonnes gens, où les ouvriers et les esclaves sont exploités par leurs maîtres: "Je suis venu opposer le fils à son père, la fille à sa mère, le disciple à son modèle...etc."

Bien sûr, ce sont des paroles plus que révolutionnaires pour l'époque. Et le pouvoir en place (civil et religieux) n'appréciera guère ce révolté-trouble-fête: on cherchera donc par tous les moyens à le faire taire.

On aura même sa peau! (voir le reste de notre récit)

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CHASSEZ LES DÉMONS

Pour Jésus, les DÉMONS qu'il chassait des malades étaient davantage des comportements neurasthéniques ou névrotiques, des états dépressifs ou des crises d'agressivité... en fait, des cas courants de dérèglements affectifs, émotifs ou de comportement que nous retrouvons aujourd'hui dans la plupart de nos hôpitaux, au coin de la rue ou encore dans la maison de notre voisin d'en face ou d'à côté.

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Page 36 » La vocation unique de chacun

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