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La mère inconsolable
Chapitre V: Le thaumaturge
 

Jésus parlait à ses compagnons quand une mère en larmes vint se jeter à ses genoux en lui confiant qu'elle était toujours inconsolable de la disparition de son fils mort depuis 5 années:

"Maître, Dieu a été injuste envers moi! Il n'avait pas le droit de m'enlever ce fils que j'aimais tant et qui était toute ma joie. C'était un bon fils, plein de respect pour ses parents et plein d'amour pour la vie! Je comptais sur lui pour subvenir à mes besoins tout au long de ma vieillesse.

Pourquoi Dieu est-il venu le chercher? Pourquoi ne lui a-t-il pas laissé la chance de vivre toutes les années qui étaient devant lui? Pourquoi Dieu n'est-il pas venu me chercher, moi, une vieille femme, pour mourir à sa place?"

Ému, Jésus la releva et lui dit: "Femme, je compatis à ta douleur et je crois bien comprendre la souffrance que tu éprouves d'avoir perdu ton fils bien-aimé. Il est probable qu'il n'y a pas au monde une plus grande douleur que celle de perdre son enfant dans la mort. On ne se console pas d'un tel chagrin; tout au plus, on peut s'en distraire.

Pour une mère, la mort d'un enfant est comme l'amputation d'un membre.

Et à beaucoup de parents, la mort d'un enfant apparaît comme une chose absurde. Mais, il n'est pas plus absurde de mourir à 5 ans que de mourir à 100 ans. Pas plus qu'il est absurde qu'une fleur meure au printemps, sans attendre la fin de l'été ou le début de l'hiver.

La VIE -celle des plantes, des animaux et des hommes- est une chose aussi fragile que mystérieuse.

La VIE n'est ni un PRIVILÈGE ni un DROIT.

La VIE est une MANIFESTATION du pouvoir créateur de l'Univers-Dieu.

Il faut bien comprendre qu'une vie qui s'en va, ce n'est pas une vie qui finit: c'est une semence éternelle qui recommence autre chose, ailleurs.

Femme, tu t'interroges et tu te demandes: Pourquoi Dieu est-il venu le chercher?

Dieu ne vient chercher personne: mais la vie retourne mystérieusement à Lui, le moment venu. À son heure. Au bon moment, j'ose l'espérer!

La vie éclate un jour... et meure le jour d'après... sans jamais nous donner d'explications, sans jamais nous demander notre avis.

Et pourquoi nous demanderait-elle notre avis? Nous la connaissons si mal!

Ce fils perdu dans la mort, vous y étiez attaché comme s'il avait été à vous. Mais en réalité, ce fils ne vous appartenait pas: il vous avait été prêté par la Vie.

En vérité, les enfants ne nous appartiennent pas!

Ce sont des êtres éminemment autonomes et les mères ne sont que les passages obligés de leur incarnation ici-bas.

La Vie nous prête des enfants un moment pour que nous les préparions à être des personnes autonomes ayant leur identité propre et leur caractère bien à eux. Pas pour autre chose!

Bien sûr, les mères s'attachent à ces êtres sortis tout droit de leurs entrailles et dans lesquels elles retrouvent un peu d'elles-mêmes. Des êtres qu'elles ont mis neuf mois à préparer dans leur ventre avec autant d'inquiétudes et de malaises de toutes sortes que d'espérance et d'amour.

Les parents s'attachent nécessairement à ces petits êtres fragiles qu'ils ont conçus et auxquels ils ont dû tout apprendre: parler, marcher, manger, être propres et gentils, obéissants... et surtout, soumis à l'autorité parentale.

Mais souvent, cet attachement est démesuré. Dénaturé parfois.

Le danger, avec l'amour, -paternel ou maternel- c'est qu'il peut être aussi étouffant que paralysant pour les enfants. Certains parents aiment trop fort!

Bien sûr, il est normal de s'attacher à ses enfants. Autrement, nous risquerions de ne pas leur donner le meilleur de nous-mêmes.

Mais, ne l'oublions pas: c'est l'attachement qui fait souffrir quand vient le moment nécessaire du détachement.

Vient un jour où les enfants doivent s'en aller: ailleurs... ici-bas ou dans l'au-delà.

Un trop grand attachement rend nécessairement ces moments-là très douloureux, insupportables même.

Chose certaine, les enfants ne nous ont pas été prêtés par la Vie pour nous rendre heureux.

Ou pour que nous les rendions heureux.

Surtout que nous sommes souvent les plus mal placés pour les orienter convenablement sur le chemin du bonheur que l'on confond souvent -à tort- avec le nôtre.

Tant mieux si les enfants nous rendent heureux, s'ils nous respectent, s'ils nous aiment et nous retournent au centuple les bons soins que nous leur avons prodigués, enfants. Mais ils ne sont pas tenus de le faire!

Nos enfants -comme nous-mêmes, d'ailleurs- sont des êtres autonomes *... ou en quête d'autonomie.

Une fois lancés dans l'existence, ils doivent se prendre en main le plus tôt possible afin de voler de leurs propres ailes, acquérir leur autonomie... et la liberté qui lui est assortie.

Et NOUS, une fois les enfants lancés dans la vie, nous devons nous prendre en main... pour continuer sans eux.

Notre vie ne doit plus dépendre d'eux et la leur ne doit plus dépendre de nous: autrement, nous avons mal fait notre travail.

Des liens d'amour et un support mutuel peuvent continuer à bonifier nos relations avec eux, mais ne doivent pas devenir des entraves, ni pour eux, ni pour nous.

Sur cette Terre, le bonheur doit être AUTONOME.

Le plus possible!

C'est en nous qu'il faut chercher et trouver avant tout le bonheur, la paix et la sérénité. Pas dans la vie des autres. Pas même dans celle de ses enfants.

Je le répète, nos enfants n'ont pas à faire notre bonheur et nous n'avons pas à nous responsabiliser du leur.

Croire autre chose, c'est nous exposer à beaucoup de déceptions, de déchirements et d'amertume dans nos vies.

Nous séparer de nos enfants, c'est leur donner leur pleine et nécessaire liberté et retrouver, du même coup, la nôtre.

C'est respecter ce qu'ils sont et ce qu'ils deviendront, et surtout, ne pas regretter ce que nous leur avons donné pendant qu'ils vivaient sous notre toit... même si nous croyons n'avoir pas tout donné.. ou l'avoir donné de la mauvaise façon.

Personne ne peut donner TOUT.
Personne ne peut donner PARFAITEMENT.
Parce que nous sommes à la fois imparfaits et limités."

Un père de famille interrompit Jésus: "Ami, je suis l'un ceux-là qui a mal donné à ses enfants et qui les a négligés. Aujourd'hui, à présent qu'ils sont adultes, ils me le reprochent amèrement et j'en ai tous les jours du remords."

Jésus lui répondit: "Tu en as du remords, dis-tu?

Ce remords est salutaire jusqu'à un certain point: à sa façon, il met le doigt sur ton erreur. Il te montre ta faute. Le remords est la rançon à payer à la vie quand on a mal agi.

Mais ce même remords te montre aussi de nouveaux chemins à suivre: une autre façon d'agir.

Mais le remords, s'il montre des choses nouvelles, ne peut rien faire pour arranger les anciennes.

Le remords, comme le ver dans le fruit, fait pourrir et tue. Il faut maintenant l'extirper de ton coeur. Les erreurs passées ne doivent pas empêcher notre transformation et notre constante métamorphose.

Seuls les justiciers -sans coeur- pensent autrement. Pour eux, le remords et la punition ne font jamais assez mal à celui qui a commis une faute. Surtout contre eux!

Nos erreurs doivent éclairer notre chemin et améliorer nos rapports avec les autres.

Tu crois avoir mal agi envers tes enfants? Fais ce que tu peux, maintenant, pour corriger cela. À la mesure de tes moyens. Personne ne t'en demande davantage.

Personne n'est tenu d'aller au-delà de ses moyens. De ses moyens honnêtement reconnus.

Donne-leur, aujourd'hui -si tu en ressens le besoin- ce que tu ne leur as pas donné alors. Mais avec le sentiment profond que tu ne pourras jamais tout arranger, parce que, dans la vie, il y a des pots cassés qui ne se réparent pas.

La vie est comme ça!

Chacun porte avec lui le bagage reçu à la naissance et au cours de l'éducation familiale.

Je le disais tout à l'heure à cette femme: Personne ne peut TOUT donner, ni même donner quelque chose de PARFAIT. Ce que l'on donne aux autres, à ses enfants par exemple, est nécessairement IMPARFAIT. Toi, tu as peut-être mal donné, mais au moment où tu l'as fait, tu as donné ce que tu POUVAIS alors donner, pour toutes sortes de raisons que je n'ai pas à juger et dont tu n'as pas à t'affliger outre mesure, sous peine de te détruire toi-même.

Il est inutile de se flageller avec les erreurs passées! Elle sont heureusement... passées.

Certes, toi aussi, tu as MAL DONNÉ à tes enfants... Comme tous les parents du monde, d'ailleurs. Mais tu as aussi BIEN DONNÉ, j'espère! Et c'est tant mieux!

À présent, tes enfants ont leur lot de misère, c'est vrai... Mais toi aussi tu as le tien: aussi important que le leur.

En vérité, tous les enfants du monde peuvent accuser leurs parents d'être ceci ou cela, de leur avoir infligé ceci ou cela, de les avoir privé de ceci ou de cela...

Mais les parents doivent avoir cette essentielle humilité: reconnaître qu'ils ne peuvent donner à leurs enfants autres choses que... ce qu'ils ont.

Que... ce qu'ils sont.

Tous les parents du monde sont imparfaits et ils engendrent nécessairement des enfants... imparfaits, porteurs, en germes, de tous les défauts du monde et aussi -heureusement- de toutes les vertus.

Les enfants qui accusent leurs parents s'accusent eux-mêmes -du même coup- de ne pas avoir pris leur vie en main.

Accuser les autres de ce qu'on n'est pas et de ce qu'on n'a pas est chose vaine.

L'ADULTE, au sortir de l'enfance, doit se prendre en charge et tenter de se donner à lui-même ce qu'il croit devoir SE DONNER. Faire le ménage dans ce qu'il a reçu: ce dont il veut se débarrasser et ce qu'il veut acquérir de personnel.

En fait, les parents ne donnent pas la vie: ils la proposent à leurs enfants qui, progressivement, doivent en devenir RESPONSABLES.

Et surtout, ne comptons que sur nous-mêmes pour améliorer à la fois notre sort... et celui des autres. Plus on en apprend sur soi, plus on regarde le réel en face, et plus on a de chances d'être heureux, parce que l'on sait de quoi on est fait et ce que l'on peut offrir aux autres.

En vérité, vous voulez rendre vos enfants heureux? Soyez-le vous-mêmes!

Le BONHEUR ne se donne pas: il irradie!

Il est possible de trouver le bonheur en soi, mais il est impossible de le trouver ailleurs.

Le bonheur est un choix.

Les grands bonheurs viennent du ciel, les petits naissent de l'effort"

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AUTONOMIE FILIALE

Quand Jésus parle d'autonomie enfants-parents, il sait très bien de quoi il parle. Lui-même, lors de son escapade au Temple (adolescent; 16 ans, environ), il répondra avec aplomb à ses parents qui lui en feront le reproche: "Pourquoi aurait-il fallu que je vous fasse connaître mes intentions? Ne suis-je pas votre aîné et en âge de prendre toutes mes responsabilités?"

Dès la jeune vingtaine -probablement- Jésus quitte sa famille -dont il est l'aîné- pour entreprendre ce que l'on pourrait appeler un début de vie errante au cours de laquelle il s'attachera à des maîtres spirituels qui lui apprendront l'essentiel de sa culture philosophique et religieuse. Il fréquentera certains théologiens du Temple (le rabbin Éléazar et le pharisien Gamaliel, entre autres), suivra les enseignements de quelques maîtres itinérants qui faisaient école à l'époque (le philosophe Aka, entre autres), et se retirera un certain temps au sein d'une communauté essénienne, juste assez longtemps pour s'apercevoir que leur philosophie religieuse ne lui convenait pas du tout.

Cet aîné qui quitte sa famille - sans se soucier de pourvoir aux besoins de ses parents âgés et de ses cadets peu fortunés (la famille de Jésus vivait probablement de façon plus que modeste) - est quelque chose de remarquable, à l'époque. Cela dut certainement faire scandale dans son entourage et même irriter Marie et Joseph... et d'autres membres de la famille. L'aîné d'une famille se devait de rester en place et de pourvoir aux besoin des siens.

Lors de son jeûne au désert, Jésus se le reproche d'ailleurs via un doute profond sur l'authenticité de sa mission: "Au lieu de vouloir t'occuper des autres, occupe-toi d'abord de toi-même... de ton esprit troublé par l'orgueil et la vanité, de ta famille qui a besoin de ton aide. Ton père et ta mère ont besoin de toi. Tes frères et soeurs ont besoin de toi. Tu es l'aîné d'une famille qui vit pauvrement: tu dois les aider à subvenir à leurs besoins..."

Quand Jésus commence sa prédication dans sa petite ville natale de Nazareth, il est fort mal accueilli par ses compatriotes qui lui reprochent, à toutes fins utiles, d'avoir abandonné sa famille. Les gens, dans la synagogue, chuchotaient entre eux: "N'est-ce pas là le fils du charpentier Joseph? Marie n'est-elle pas sa mère? Jacques, Simon, Rachelle, Josette et Jean ne sont-ils pas ses frères et soeurs? D'où ce fils ignorant de charpentier tient-il l'autorité qu'il prétend avoir de nous enseigner?" En d'autres mots, comment ce fils ingrat et fugueur ose-t-il revenir ici nous faire la leçon?

Un autre épisode de la vie de Jésus est très significatif: il nous est raconté par les évangélistes Luc, Matthieu et Marc. Un jour, quelques-uns de ses frères et soeurs se présentent là où il enseigne afin de le ramener tout à la fois à la raison.... et à la maison. Comme la foule se presse autour de l'aîné et les empêche d'approcher de sa personne, ils lui font savoir qu'ils sont là... et l'attendent. Ceux qui sont tout près de Jésus l'interrompent pour lui dire: "Tes frères et tes soeurs, ainsi que ta mère, sont présents et t'attendent." Mais celui-ci leur sert cette parole surprenante: "Ma mère et mes frères? Ce sont ceux qui font la volonté de Dieu!" (Marc, III, 21-35)

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