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Chapitre V

                                  LE THAUMATURGE
 
 
Parabole de la semence

Jésus se retira vers la mer avec ses disciples. Beaucoup de gens venus de tous les coins du pays, apprenant tout ce qu'il disait et faisait, continuaient à le suivre. Il chargea donc ses compagnons de tenir toujours à sa disposition une petite barque afin de ne pas être pressé par la foule et pouvoir se dérober, au besoin.

Car il guérissait beaucoup de malades, et tous ceux qui avaient des maladies se pressaient autour de lui pour le toucher.

Ce matin-là, comme la foule l'entourait de toutes parts, il décida de monter dans la barque pour enseigner les gens debout sur le rivage. Il leur raconta cette parabole: "Un semeur sortit pour semer. Et comme il semait, une partie de la semence tomba le long du chemin: les oiseaux vinrent et la mangèrent.

Une autre partie tomba sur les pierres: elle sécha sur place, faute de terre où prendre racines.

Une autre partie tomba sur des épines: en croissant, celles-ci l'étouffèrent.

Enfin, une autre partie tomba dans la bonne terre: cette fois, elle poussa sans difficulté et rapporta trente, soixante et même cent pour un."

Laconiquement, il conclut: "Que ceux qui ont des oreilles pour entendre, entendent."

Les compagnons insistèrent: "Maître, pourquoi concluez-vous souvent ainsi?"

Lui, de répondre: "Il n'y a pas de pire sourds que ceux qui ne veulent rien comprendre.
Il y a aussi les sourds qui écoutent ce qu'on leur dit mais ne le comprennent pas bien.
Enfin, il y a ceux qui sont incapables de comprendre quoi que ce soit. Leurs oreilles sont fermées.

Moi, si je vous parle en paraboles *, c'est pour vous expliquer des choses difficiles à comprendre ou qui demandent à être réfléchies longuement. Mais quand on se met à réfléchir aux choses que je dis, -ou qu'un autre dit- chacun saisit ce qu'il peut ou ce qu'il veut comprendre. Chacun en arrive à ses propres conclusions, à sa vérité. Et tant mieux si cette vérité éclaire son chemin et réconforte son âme.

Mais quand on médite ma parole, il n'est pas impossible de faire des erreurs d'interprétation. Les choses de l'esprit et les réalités de l'au-delà sont toujours difficiles à comprendre. Et c'est pour cela que les faux-prêtres de la VÉRITÉ en profitent pour abuser les naïfs et baliser leur entendement de vérités révélées.

Personne ne peut cerner convenablement les choses de l'esprit et de l'au-delà.

Même pas moi.

Comme vous tous, je cherche, j'intuitione.

Aussi, je vous mets en garde: Il est facile de s'égarer dans les méandres de l'abstrait.

Dans ce domaine-là, il manque de bornes pour se situer justement, et les faux illuminés sont nombreux à vouloir éclairer nos chemins ténébreux et à nous inculquer leur savoir occulte.

De quel que gourou que ce soit, refusez toujours le titre d'élu.

La vérité se moque de ces élus qui, du jour au lendemain, trouvent... la voie de la vérité et du salut.

La vérité préfère d'emblée l'humble et infatigable marcheur: celui qui trébuche bêtement... mais sait se relever.

La vérité est comme une farouche bête sauvage: elle ne se laisse jamais prendre... mais on peut l'apprivoiser quelque peu.

Moi, je vous dis: La plus grande erreur d'un homme, ici-bas, -sa plus grande illusion- c'est de se croire porteur de la vérité, confirmé par elle."

Le doute est le plus bel hommage que l'on peut rendre à la vérité.

Intrigués, les compagnons interrogèrent Jésus: "Ami, si personne n'a la vérité, plus rien ne tient debout, plus personne ne peut en guider d'autres! Même ton enseignement peut être mis en cause!"

Jésus acquiesça: "Oui, même mon enseignement peut être remis en cause et doit être remis en cause. Le temps fait que les mots changent, les idées changent, les concepts changent, les vérités changent, le savoir progresse et les société évoluent...

Tous ceux qui, à travers le temps, chercheront à pétrifier mon enseignement, à le fossiliser dans des dogmes et des vérités toutes faites, à le scléroser dans des interdits et des exégèses, détruiront du même coup ce qu'il contient de vivant, de dynamique, de lumineux et d'engageant.

La vérité n'est pas une chose morte: elle ne doit pas être mise dans un sarcophage, même doré.

Le vérité est vivante!

Et tous ceux qui, à travers les âges, ont tenté de la fixer, de l'annexer, et même de la diviniser pour la faire encore plus vraie, l'ont malheureusement -et parfois malhonnêtement- arrêtée et empêchée d'ouvrir aux hommes des horizons nouveaux.

La vie exulte lorsqu'elle évolue et se métamorphose.
Elle meurt quand elle s'arrête et se fixe.
Il en est de même de la vérité.

Les savants et les découvreurs sont souvent hostiles aux vérités immuables. Ils cherchent plutôt inlassablement, malgré les interdits et les obstacles de toutes sortes qu'on dresse sur leur chemin. Et ils finissent quand même par avoir raison. Par trouver... autre chose."

Les compagnons insistèrent: "Ami, nous savons maintenant que ton désir est que nous cherchions personnellement la vérité qui se cache dans tes enseignements. Mais, tout de même, explique-nous le sens de la parabole que tu viens de nous raconter."

De bonne grâce, Jésus acquiesça: "Le prêcheur sème la parole. Elle tombe dans des coeurs qui sont comme des chemins très passants. Elle est alors piétinée par tous les courants de pensées à la mode et sèche sur place.

D'autres reçoivent la parole dans des coeurs pierreux: ils la reçoivent d'abord avec joie, mais la parole ne peut prendre racines en eux-mêmes car leur tête est pleine de préjugés et d'idées toutes faites. Ils sont bardés de vérités révélées. Leur éducation religieuse les bloque.

D'autres, encore, reçoivent la parole dans des coeurs pleins d'épines: le message reçu est vite étouffé par les soucis divers qu'amène la vie: rapidement, la parole est rendue stérile. Les tracas de la vie les amènent d'abord à régler leurs problèmes plutôt qu'à se tourner vers la méditation.

D'autres, enfin, reçoivent la parole dans des coeurs bien préparés, dans de la bonne terre: le message entendu porte du fruit, trente, soixante et même cent pour un."

Il leur dit encore: "La lampe allumée n'est pas destinée à être cachée dans un placard ou placée sous la table. Elle est sûrement mieux placée sur la table ou sur une tablette accrochée au mur. De là, elle peut rayonner dans toute la maison.

Tout ce qui est voilé d'obscurité est fait pour être découvert à la lumière de la lampe.
Et tout ce qui est secret doit être éclairé.

Ne nous laissons jamais rebuter par le mystère: inlassablement, cherchons à le percer et à en exorciser l'incompréhensible. Cherchons, dans l'épaisseur de son brouillard, les moindres repères utiles pour avancer dans la vie.

Quand on vous demandera de croire en un mystère, n'en faites rien. Les mystères ne sont pas à croire mais à déchiffrer... dans le mesure du possible... et la force de votre esprit.  Nous sommes de petites fourmis dans un grand monde complexe, de petits êtres inquiets, trop souvent impuissants et irrationnels, qui préfèrent croire aux miracles et aux puissances occultes plutôt que de chercher à percer les ténèbres qui nous enveloppent.

Que notre savoir brille modestement aux yeux des autres: partageons avec tous nos bonnes idées. Cherchons ensemble la vraisemblance -dans le respect des différences- et partageons-la comme on partage, à table, le bon pain et le bon vin.

Il en est des gens de bonne volonté comme d'un homme qui jette de la semence en terre: qu'il dorme ou qu'il veille, nuit et jour la semence germe et croît sans qu'il ne sache trop comment et sans qu'il ne s'en préoccupe outre mesure.

La terre produit d'elle-même d'abord l'herbe, puis l'épi, puis le grain tout formé dans l'épi. Et dès que le fruit est mûr, on y met la faucille... La moisson est là!

À quoi pourrais-je bien comparer les toutes petites choses apprises à partir de nos réflexions personnelles? Elles sont semblables à de minuscules graines de semence. La graine de sénevé, par exemple. Celle-ci est l'une des plus petites connues. Pourtant, quand on la met en terre, elle devient un arbrisseau sur les branches duquel les oiseaux du ciel peuvent venir se poser."

moutarde noire ou "sénevé"

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PARABOLES

Jésus s'exprimait en paraboles pour faire comprendre plus aisément à ses compagnons (en général peu instruits et peu habitués à disserter sur des données abstraites) le sens profond de certains passages des Écritures ou encore de ses propres enseignements. Pour cela, il employait toutes sortes de métaphores et de comparaisons.

Beaucoup n'y voyaient que de simples histoires, mais ceux qui s'intéressaient vraiment à son enseignement y trouvaient de quoi réfléchir. D'où cette précision de Jésus à propos des sourds... qui ne veulent rien entendre.

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