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L'impôt à César
Chapitre IV: L'affrontement

Jésus parlait aux gens de son entourage lorsqu'un Hérodien l'interrompit pour lui demander perfidement: "Maître, nous savons que tu dis vrai et que tu enseignes selon la vérité, sans t'inquiéter de ce que les gens vont dire à ton sujet. Alors. dis-moi donc ce que tu en penses: Est-il permis -ou non- de payer le tribut à César?"

Jésus, flairant le piège et connaissant toutes les implications de sa réponse, lui répondit: "Hypocrite! Ce n'est pas mon avis que tu veux mais un piège que tu me tends."

L'autre de lui répondre: "Maître, tu sais pourtant bien que c'est une question que beaucoup de patriotes se posent tous les jours et qui exige une réponse nette de ta part."

Voyant son insistance, Jésus lui demanda: "Montre-moi une pièce de monnaie qui sert à payer l'impôt à César."

L'homme lui remit un denier *.

Alors, Jésus le questionna: "Ce visage et ce nom gravé tout autour, de qui sont-ils?"

L'interlocuteur précisa: "De César".

Tout sujet romain devait payer son tribut à l'état en argent lourd (comme ce denier d'argent frappé à l'effigie de Tibère-César). Cette pièce valait une journée de travail.

Jésus se pressa d'enchaîner: "Si c'est ainsi, remets donc à César ce qui vient de lui et à tes autres débiteurs ce que tu leur dois."

Confus, certains quittèrent la place sans rien demander de plus, mais des nationalistes insistèrent: "Maître, crois-tu que nous devrions nous révolter contre l'autorité de César?"

Jésus leur répondit:

"Il en est des peuples comme des individus: ils ignorent bien souvent la puissance de leur liberté intérieure et recherchent plutôt un succédané: la liberté politique.

L'oppression d'un peuple -comme celle d'un individu- est d'abord intérieure.

Nos pires ennemis sont au dedans de nous-mêmes.
Nos pire entraves aussi: elles sont d'abord dans notre coeur et notre esprit.

Il est curieux de voir qu'on s'acharne avant tout sur les ennemis du dehors sans se soucier tellement de ceux qui sont au-dedans de nous.

Moi, je vous dis: L'oppresseur va toujours chercher sa force dans la faiblesse de l'oppressé. Souvent dans son silence. Le silence des victimes!

C'est toujours à la faiblesse que s'alimente l'oppression.

Une chaîne n'est jamais plus forte que la force de ses maillons les plus faibles.

On ne fait pas un peuple libre avec des esclaves,
des lèche-bottes,
des incultes,
des fonctionnaires corrompus,
des ouvriers mesquins,
des gestionnaires bornés,
des dirigeants fats et imbus de pouvoir, profiteurs et malhonnêtes.
 
Chacun de nous a toujours l'essentielle liberté de couper certains liens répréhensibles,
de fustiger certaines mesquineries,
de secouer certaines inerties,
de dénoncer certains abus.

Mais peu osent le faire par crainte des représailles.

Les faibles sont sensibles aux représailles!

Pire encore! Peu osent le faire parce que le système vicieux dont ils sont prisonniers -et même victimes- les arrange aussi, quelque part.

L'essentielle liberté c'est celle qu'un individu -ou un peuple- ose s'accorder sans attendre l'assentiment de quiconque: ni d'un gouvernement en place, ni d'un traité.

Personne n'a besoin d'attendre l'assentiment de quelqu'un ou la sanction d'un acte politique pour manifester, en temps voulu, son courage, sa détermination, son honnêteté foncière et son esprit d'initiative.

Attendre après quelqu'un, c'est se trouver une bonne excuse de ne rien entreprendre.

Un projet de société clair, dynamique et ambitieux, ça naît d'abord dans la tête et le coeur des gens; pas sur du papier ou dans des palabres. Encore moins dans l'enceinte d'un parlement où les intérêts d'argent priment sur tout, y compris sur le bon sens.

Trop de peuples se battent pour une liberté illusoire.

Ils sont comme ces gens qui changent souvent de tunique pour en revêtir une autre, semblable.

Ils secouent leur oppression pour s'en charger d'une autre, parfois pire. Ils abattent leurs tyrans pour s'en donner d'autres plus voraces et plus sanguinaires encore.

Un peuple n'est pas libre par le seul fait de se donner un gouvernement autonome non assujetti à une puissance étrangère.

Les Gouvernements sont souvent les pires oppresseurs des citoyens.

Ils sont presque toujours composés de riches qui méprisent les pauvres,
de forts qui écrasent les faibles,
de parvenus qui veulent faire carrière dans le... bien. Le bien de leurs concitoyens qu'ils confondent trop souvent et trop sottement avec le leur.

Paradoxalement, ce sont les pauvres qui les mettent en place, qui les tiennent en place et qui s'agglutinent à eux en grappes de dépendants et de lèche-bottes.

Le pire ennemi de la liberté, c'est l'esprit de parti... et les partis qui l'alimentent: partis politiques et partis religieux, entre autres.

Politique et religion font souvent bon ménage contre le faible.

L'esprit de parti bouche l'esprit et emplit souvent le coeur de fanatisme et d'intransigeance.

L'esprit de parti est l'outil préféré des tyrans et des despotes, des illuminés et des idéologues.

Considérez bien ceci: Les Romains ne sont pas vraiment la cause de nos malheurs, même s'ils s'en délectent. Nous sommes intérieurement et malheureusement des esclaves enchaînés à nos propres entraves: nos mesquineries, nos peurs, notre aplatventrisme... et nos leaders politiques et religieux.

Moi, je vous dis: Commençons par faire le ménage dans nos maisons. Ensuite, nous verrons bien s'il faut sortir dehors, dans la rue, paver le chemin à la liberté nationale.

La pire entrave à notre liberté? C'est de ne pas avoir d'objectif, de but à atteindre.

De vocation.

Un peuple sans vocation est comme une barque sans gouvernail.

Un peuple qui n'a pas d'idées à propager, de plans à échafauder, d'objectifs à poursuivre... est un peuple qui pourrit de l'intérieur. Comme l'homme laissé sans travail!

Les grandes nations -peu importe le jugement que l'on peut porter sur elles- ont été des peuples nourris par de grandes ambitions.

Je ne porte pas de jugement sur ces grandes ambitions !

Ces peuples ont engendré, à travers l'histoire, des biens et des maux aussi inévitables que nécessaires.

Le fumier fait pousser indistinctement les bonnes et les mauvaises plantes.

Les grands projets collectifs bousculent toujours les petits conforts individuels,
les petites manigances personnelles,
et troublent constamment les visions myopes des esprits conformistes.

Un peuple ne peut pas vivre (ou survivre) longtemps sur ses acquis.

Un peuple ne peut pas survivre à sa stérilité: les enfants qui grandissent font grandir un peuple, le font progresser. Un peuple vit et survit en se multipliant et en marchant vers quelque chose de grand et de difficile. Pas en se trémoussant pour secouer d'illusoires chaînes.

Nous, Juifs, sommes le parfait exemple du peuple qui a perdu de vue le but à atteindre: être les témoins sur terre d'un DIEU VIVANT et VIVIFIANT.

Présentement, aux yeux des nations, -y compris les Romains- nous sommes les témoins d'un bien triste Dieu: vengeur, rancunier, dominateur et tatillon.

Notre Dieu est aussi faux que celui des païens que nous méprisons."

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DENIER

La question posée à Jésus était un piège habile tendu par ses ennemis: elle visait nettement à le compromettre. Si Jésus avait répondu OUI, il aurait eu l'air d'approuver la tyrannie des Romains contre les Juifs, ce qui n'aurait pas manqué d'indigner les nationalistes dont un bon nombre l'appuyaient et étaient prêts à mettre leur épée à son service. Mais au contraire, en condamnant le tribut, les Romains, à leur tour, auraient pu l'accuser d'être un dangereux séditieux.

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