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Chapitre IV
                                                 L'affrontement
Prédication de Jésus à Nazareth

En arrivant à Nazareth -où il avait grandi- Jésus entra dans la synagogue le jour du sabbat. Il se leva pour faire la lecture et on lui remit entre les mains le texte du prophète Isaïe. L'ayant déroulé, il trouva l'endroit où il était écrit:

L'esprit de Dieu est sur moi parce qu'il m'a oint

pour annoncer la bonne nouvelle aux pauvres.

Il m'a envoyé pour guérir ceux qui ont le coeur brisé,

pour délivrer les captifs,

pour rendre la vue aux aveugles et pour renvoyer libres les opprimés.

Ensuite, il roula le texte et le remit au serveur. Et tous ceux qui étaient dans la synagogue avaient les regards fixés sur lui: on savait qu'il était de la place et que dans les villes avoisinantes, il avait la réputation d'un guérisseur qui avait son franc-parler. Alors, il commença à leur dire:

Jésus dans la synagogue de Nazareth

"Aujourd'hui, cette parole de l'Écriture que vous venez d'entendre s'accomplit. Dans mon village et en présence de mes concitoyens, je commence la mission que j'ai choisi d'entreprendre: délivrer les captifs et les opprimés, rendre la vue aux aveugles et aider les sourds à entendre.

Mais, bien sûr, il m'est impossible de faire entendre un sourd qui ne veut pas entendre,
de faire voir un aveugle qui ne désire pas voir,
de briser les chaînes d'un captif qui veut rester enchaîné."

Certains auditeurs étaient étonnés des paroles qui sortaient de sa bouche.

Mais d'autres, agacés, disaient: "Est-ce possible? N'est-ce pas le fils du charpentier Joseph? Marie n'est-elle pas sa mère? Jacques, Simon, Rachelle, Josette et Jean ne sont-ils pas ses frères et ses soeurs?

D'où ce fils de charpentier *, ce bâtard, tient-il l'autorité qu'il prétend avoir de nous enseigner? On dit de partout qu'il fait des miracles! Comment se fait-il qu'il n'en a fait aucun ici, dans son propre village?"

Jésus leur dit: "Oui, c'est bien moi... le fils du charpentier Joseph!

Mon père et ma mère sont ici avec mes frères et mes soeurs. Bien sûr, notre famille est plus que modeste: mon père et ma mère ont peiné toute leur vie à la sueur de leur front pour élever convenablement leur famille. Mais cette modeste famille est tout de même respectable malgré tout ce qu'on a pu dire sur le compte de ma mère... et à mon sujet.

Mais, je vous le dis: je ne ferai aucun miracle ici, devant vous! Je ne suis pas un magicien ni un amuseur public. Au fond, ce que vous attendiez de moi, ce n'est pas mon message, mais un spectacle.

Mais moi , je ne donne pas de spectacles et je n'amuse pas les foules: J'ENSEIGNE !

Plus encore: je sais que ce que j'ai à vous dire ne vous intéresse pas, parce qu'il vous est plus facile de vous complaire dans ce que vous êtes que d'ouvrir vos coeurs à un concitoyen issu d'une famille que vous avez toujours méprisée, et qui revient parmi vous avec des idées NOUVELLES.

L'homme changé et transformé ne sera jamais le bienvenu parmi les siens que le temps et les habitudes ont arrêtés. Les siens, plus à l'aise dans leur immuable certitude que sur les chemins incertains des idées nouvelles.

Les moutons sont toujours plus à l'aise au sein du troupeau. Et surtout, vous avez des chiens-bergers qui prennent grand soin de vous.

Les porcs se vautrent à l'aise dans leur enclos: ils mangent, satisfaits, tout ce qu'on veut bien leur donner.

Moi, je ne veux pas rassembler des moutons ni nourrir des porcs. Je veux ouvrir les yeux des aveugles, faire entendre les sourds et libérer les captifs."

En l'écoutant ainsi parler, ses concitoyens furent remplis de colère.

Ses parents, venus l'entendre, étaient gênés par ce discours qui ressemblait plus à une provocation qu'à un enseignement. Ils avaient même peur à cause l'hostilité qui montait dans l'assemblée.

Marie se rappela la parole du prêtres au Temple: "Surveillez bien ce fils rétif qui affiche autant d'indépendance d'esprit...Votre fils, un jour, scandalisera, choquera et il ébranlera les fondements de ce Temple... et il en perdra la vie!"

Joseph pensa pour lui-même: "Ce n'est pas avec ce type de discours qu'il va se gagner des amis dévoués à sa cause et détrôner Antipas."

Dans l'assistance, un homme vociféra: "Sortons ce chien galeux de notre synagogue et jetons-le en bas de la montagne! Débarrassons-nous de ce possédé du démon qui a grandi chez nous et qui fait honte à tout le monde!"

Une bousculade s'ensuivit et on chercha à s'emparer de Jésus. Mais Joseph et quelques compagnons de Jésus s'interposèrent et réussirent à lui frayer un chemin jusqu'à la sortie. Certains prirent des pierres pour les lapider, mais aucun n'osa poser le geste de peur qu'une cohorte romaine, qui patrouillait à cet endroit, n'intervienne.

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CHARPENTIER

Dans le monde gréco-romain, les gens qui travaillaient de leurs mains (les manoeuvres de toutes sortes, les charpentiers, entre autres) appartenaient à la basse classe, celle que méprisaient ceux qui ne travaillaient pas... c'est-à-dire qui n'avaient pas besoin de travailler pour gagner leur vie.

Jésus, fils de charpentier, appartenait à la classe artisane qui se situait entre la classe des paysans et celle des mendiants. Et, plus souvent qu'autrement, ses adversaires ne se gênaient pas pour le traiter de Fils de charpentier. Ce qui en disait long sur ce qu'ils pensaient de lui et sur le respect qu'ils accordaient à son enseignement. Surtout que cet enseignement ne correspondait en rien aux diktats de l'enseignement religieux des prêtres et semblait, au jugement de plusieurs, pure provocation.

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