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Choix des premiers disciples
Chapitre III: La mission

Au sortir du désert, c'est à Capharnaüm *, près de la mer de Galilée, que Jésus se retira pour y vivre les premiers moments de sa prédication. Capharnaüm, dans le territoire de Zabulon et de Nephtali. Plusieurs siècles auparavant, Isaïe avait prophétisé:

Le peuple de Zabulon et de Nephtali de la contrée voisine de la mer,
au pays au-delà du Jourdain et de la Galilée des Gentils.
Ce peuple assis dans les ténèbres a vu une grande lumière.
Ceux qui étaient assis à l'ombre de la mort ont vu la lumière se lever.
 

Jésus commença à prêcher à la synagogue * et à communiquer aux gens de l'endroit les éléments de sa foi en Dieu et en l'Homme. Mais ceux-ci l'entendaient sans l'écouter vraiment. Ils étaient pleins de suspicion envers cet étranger dont la famille habitait le petit bourg de Nazareth situé plus au sud.

 Capharnaüm, aujourd'hui

Certains osaient même dire: Que peut-il sortir de bon de Nazareth?

Un jour, comme Jésus marchait le long de la mer, il vit les deux frères, Simon et André, qui jetaient leur filet à l'eau afin de capturer le poisson. Ils étaient pêcheurs. Jésus s'approcha d'eux pour leur parler mais ces derniers feignirent de ne pas le voir et continuèrent leur travail... sans rien prendre!

Après un certain temps, Simon, l'aîné, rompit le lourd silence et s'adressa ainsi à Jésus:

"Tu n'es pas de la place et ça se voit! Pas de femme, pas d'enfants, pas d'amis non plus! Et à part ça, les mains propres de quelqu'un qui n'a jamais travaillé dur de sa vie... Si tu cherches du travail par ici, je te le dis tout de suite, il n'y en a pas! Surtout pour les étrangers...

C'est de peine et de misère que les pauvres gens d'ici font comme moi et fouillent chaque jour le fond de la mer pour en sortir le poisson. Et ceux qui veulent se donner plus de misère, cultivent quelques carrés de terre ingrate qui font vivre tout juste leur famille..."

Jésus répliqua: "Je ne cherche pas le travail que tu crois que je cherche. Du travail, j'en ai... et plus qu'il m'en faut. En fait, je cherche plutôt des amis avec qui je pourrais partager ma mission: celle d'annoncer la bonne nouvelle à tout Israël."

Vivement, Simon enchaîna: "Justement, parlons-en de ta bonne nouvelle !

Certains frères de la communauté disent que tu es un semeur de trouble... Personnellement, je ne fréquente pas la synagogue. La plupart des gens qui se tiennent là sont plutôt du genre hypocrite et faussement dévots. J'abhorre cette engeance-là! Mais plusieurs sont inquiets des propos que tu leur tiens. Ils disent que ça va à l'encontre des choses auxquelles nous croyons tous depuis toujours et qui nous sont enseignées par nos prêtres.

Par hasard, voudrais-tu nous faire croire que tu en sais plus long que nous tous? Plus long que nos prêtres instruits dans la science de Dieu? "

Jésus répondit: "Non, Simon, je ne sais pas plus de choses que ces gens-là, et je n'en sais peut-être pas plus que toi, surtout par rapport à ton travail, la pêche!

L'important, ce n'est pas le nombre de choses qu'on sait mais... comment on en vit.

Tu sais des choses, Simon, et moi, Jésus, j'en connais d'autres et c'est pourquoi il est essentiel que les hommes apprennent à échanger entre eux afin de se nourrir du savoir des uns et des autres.

Je suis étranger dans ta ville. Mais l'étranger, quand il est honnête et généreux a ceci de bon: il apporte dans un milieu fermé un autre savoir, une autre vision des choses qui renouvelle et vivifie les acquis de la communauté. S'enfermer dans le connu, c'est rester prisonnier de son ignorance. Il y a tant de choses à apprendre!

La terre qui n'est pas remuée et engraissée d'éléments neufs s'appauvrit. C'est pour cela qu'il y a les saisons: pour forcer le changement dans la nature. Pour refaire à neuf.

Je comprends que toi et tes compatriotes acceptiez mal qu'un étranger vienne secouer vos certitudes et déranger vos habitudes. Encore plus... s'il vient de Nazareth!

Ici, comme n'importe où, celui qui vient d'ailleurs est vite perçu comme un observateur gênant...
qui voit ce qu'il ne devrait pas voir,
qui entend ce qu'il ne devrait pas entendre,
qui juge ce qu'il ne devrait pas juger...
 
Il devient vite un miroir hostile qui renvoie une image de la communauté qu'au fond, elle ne désire pas voir, parce que peu conforme à l'illusion qu'elle entretient d'elle.

La différence gêne et agace.

Mais moi, je ne suis pas venu ici en juge ou en observateur. Je suis venu en frère parler à d'autres frères. En compatriote, parler à d'autres compatriotes du comportement qui doit animer nos vies d'hommes libres et de créatures de Dieu.

Je suis venu dire à tous ceux qui veulent m'entendre qu'il sont en train d'étouffer dans les mailles serrées de leur religion *
Dieu ne veut pas de religion.
Encore moins d'adorateurs.

Dieu veut des chercheurs.

Il veut que notre esprit le cherche partout et toujours.
Dieu veut être cherché plutôt que trouvé.
 
Les individus ou les religions qui croient l'avoir trouvé sont souvent des individus et des religions arrêtés. Arrêtés, plus souvent qu'autrement, par des dogmes sans fondements, des commandements stériles et des interdit douteux.

Ils ont alors l'illusion que Dieu est bien servi quand il a son autel sur la place publique, ses sacrifices dessus, ses prêtres et ses adorateurs tout autour. Et surtout, des commandements pour établir l'autorité de Dieu et de ses prêtres sur les adorateurs.

Moi, je dis:

Honte aux commandements!
À bas les autels sur la place publique!
Honte aux sacrifices placés dessus qui noircissent le ciel d'une fumée opaque et nauséabonde!
Honte aux prêtres qui offrent à Dieu ces sacrifices inutiles!
Honte au fanatisme des prêtres et des adorateurs qui écrasent de leur mépris -et souvent de leur haine- ceux qui ne mangent pas à la même table qu'eux!
Honte aux religions qui tuent au nom de Dieu et aux prêtres qui ordonnent ces tueries!
Honte aux religions où le texte de la Loi est plus important que l'esprit qui doit la vivifier!

Notre Loi, celle que nous a laissée Moïse, est justement devenue ce carcan insupportable qui nous empêche tous de vivre... libres!

Ce qui devait nous libérer, nous enchaîne maintenant. Nous sommes devenus, comme les païens, des adorateurs d'idoles. Nous avons divinisé les préceptes et nous en avons fait des maîtres tyranniques et intraitables.

Entre nous, nous sommes divisés en clans religieux rivaux, totalement fermés aux recherches et aux acquis des uns et des autres. Comme si leur lumière était maudite parce qu'elle éclaire des pistes que nos prêtres et nos gourous s'interdisent et nous interdisent d'explorer. Pire encore, que nous nous interdisons d'explorer nous-mêmes.

Chez nous, les gardiens et les interprètes de la Loi -au nom de Dieu- sont devenus les maîtres de notre conscience et les guides de notre jugement.

Ils pensent pour nous, et nous les laissons penser pour nous.
Ils jugent pour nous, et nous les laissons juger pour nous.
Ils interprètent pour nous, et nous les laissons interpréter pour nous.
Ils nous forcent à marcher dans leurs sentiers, et nous marchons dans leurs sentiers comme si leurs chemins étaient les seuls à conduire à Dieu.

En définitive, le joug des Romains, sur nos épaules, est plus facile à porter que le leur."

André répliqua vivement à Jésus: "Tu blasphèmes! Comment oses-tu parler ainsi de la Loi et de nos prêtres?"

Jésus, de lui répondre:

"Ce n'est pas blasphémer que de chercher à comprendre et à remettre en question ce que, de tout temps, on nous oblige à croire. C'est, tout au contraire, honorer son intelligence.
 
Ce n'est pas blasphémer que de refuser de s'aligner. C'est faire honneur à son jugement.
 
Ce n'est pas blasphémer que d'exprimer ses idées, même si ce ne sont pas les idées de tout le monde. C'est mettre en évidence sa personnalité et sa singularité. C'est croire aux fruits de sa recherche personnelle.
 
Quand tout le monde croit la même chose, le fanatisme et l'intolérance ne sont jamais bien loin.

Dieu ne veut pas qu'on croit en lui. Il veut qu'on le croit.

Surtout, qu'on croit en la vie qu'il nous donne, qu'il a mis en nous et autour de nous. Une vie singulière qui nous trace ici-bas un chemin unique."

Étonné d'entendre de tels propos, Simon enchaîna: "Tu as raison, étranger! Ici, comme ailleurs, on a le blasphème facile et le scandale tout proche. Surtout lorsqu'on exprime sa vérité, tout haut!

Quant à moi, je suis bien prêt à te donner raison et à croire que la sagesse -et la tolérance qui va avec- éclairent tous tes propos. Toi, que je ne connais pas, tu es un vrai fils d'Israël que je serais fier de suivre et d'aider dans sa mission. Mais ne compte pas sur moi pour parler à mes amis comme tu me parles. Ici, je suis chez nous et bien connu de tous. Parler comme tu le fais pourrait me faire du tort et nuire à toute ma famille.

Les gens sont inquiets et jaloux et il n'est pas bon de bousculer leurs idées et leurs habitudes. Les contrarier, on me ramènerait vite à ma modeste condition de pêcheur sans instruction. On pourrait même dire: Pour qui se prend-il, ce Simon? Mais compte sur moi pour être un bon second et te faire connaître aux gens d'ici."

André, de répliquer: "Pardonne-moi de t'avoir traité de blasphémateur. C'est vrai que par ici, il est difficile d'avoir ses propres idées et surtout, de les exprimer publiquement. Mais moi aussi, je veux bien t'aider si tu as besoin de moi. Je suis prêt à te suivre partout où tu iras."

Jésus leur dit: "Alors, suivez-moi. Mais auparavant, allons chercher à la mer ce qu'il nous faut pour manger."

Il les invita donc à monter dans leur barque et à prendre le large avec lui. Ils jetèrent les filets à l'eau, sceptiques quant aux résultats de la démarche: ils avaient pêché toute la journée sans rien prendre.

pêcheurs sur la mer de Galilée

Mais cette fois fut la bonne. Quelle ne fut pas leur surprise de voir le filet s'emplir de poissons.

Revenus à terre, ils entrèrent dans la maison de Simon pour manger. L'épouse de ce dernier prépara le repas du soir auquel se joignirent quelques voisins curieux.

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CAPHARNAÜM

C'était, à l'époque, un petit village de pêcheurs s'étalant au bord de la mer de Galilée. Il était situé sur le chemin d'une importante route commerciale reliant Damas (Syrie) à Alexandrie (Égypte). Aussi, on y avait installé un poste de douane. Celui qui voulait se rendre de Galilée en Décapole devait acquitter un péage. Donc, en plus des pêcheurs, vivaient là des collecteurs d'impôts et les soldats d'une garnison. Exclusivement juive, la population était parfaitement imperméable à l'influence de l'Empire romain. C'était une cité relativement prospère, même si certaines gens y vivaient pauvrement... et la famille de Simon et d'André était de ce nombre. Sur place, on a retrouvé les ruines d'une synagogue du IVe siècle, une autre datant du Ier, probablement celle où Jésus a enseigné.

Jésus enseigna fréquemment dans la synagogue locale, et selon l'évangéliste Marc... les gens de la place étaient très étonnés de sa manière d'enseigner, car il enseignait avec autorité... (Marc, II-22)

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SYNAGOGUE

Au temps de Jésus, la synagogue était tout à la fois école, église et même tribunal de justice. Cependant, elle ne devait ni imiter ni remplacer, là où elle était bâtie, le TEMPLE de Jérusalem. Elle n'avait pas de prêtres et on n'y offrait pas de sacrifices. Cependant, des scribes ou des pharisiens étaient à la disposition des fidèles pour enseigner ou rendre la justice.

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RELIGION

L'enseignement de Jésus, et parfois ses vigoureux emportements oratoires, avaient pour but de ré-insuffler l'Esprit dans une religion qui s'était sclérosée à l'extrême. En cela, Jésus ne faisait que renouer avec l'enseignement musclé de la plupart des prophètes qui l'avaient précédé en terre d'Israël, au cours des siècles.

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