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Peu de temps après l'interrogatoire que les prêtres firent subir à Jean sur les bords du Jourdain, ce dernier vit venir à lui Jésus qui s'était retiré au désert, dans une communauté de pieux ermites, afin de purifier son esprit et d'ouvrir son coeur à l'enseignement des chefs religieux qui y dispensaient la foi en un messie-rédempteur.
Jésus s'avança dans l'eau sans que Jean ne le reconnut.
Il lui dit: "Veux-tu me baptiser afin que moi aussi je sois purifié de mes fautes et que je devienne digne, à mon tour, de prêcher au peuple par l'exemple et la parole. Car je veux consacrer ma vie à prêcher aux hommes droits la liberté du coeur et de l'esprit, la liberté des vrais enfants de Dieu."
Jean fut surpris et même agacé * par cette demande inattendue: "Qui t'autorise, Homme, à prêcher au nom de Dieu et à parler à tes concitoyens de liberté alors que nous attendons tous, dans l'espérance et la prière, Celui que Dieu va bientôt envoyer pour chasser l'oppresseur romain hors de nos frontières et rétablir sa Loi divine au coeur même de notre Temple souillé par les exactions de ses prêtres!
Il faudra alors que tous se rallient sous sa bannière et quiconque veut être sauvé ne pourra se donner la liberté de marcher hors de ses sentiers."
Jésus répliqua fermement: "Je tiens mon mandat de l'autorité même des Fils de Dieu que nous sommes, toi et moi.
Si, selon ton discours, un Messie doit venir, sa mission devra être celle de nous apprendre LES VRAIES EXIGENCES DE DIEU. Il n'en faut pas plus pour rendre les hommes meilleurs et forts. Libres surtout!
Si nous avons besoin de rédemption, c'est d'abord l'esprit qu'il faut sauver.
Le sauver en l'éclairant et en le débarrassant de ses préjugés, de ses dogmes, de son sectarisme, de son grégarisme et de son aplaventrisme.
Ce ne sont pas les Romains, ni les prêtres et ni les gouvernements politiques qui nous asservissent: c'est nous-mêmes qui nous nous asservissons d'abord en étant les esclaves de nos peurs, de nos idées toutes faites et jamais remises en question, de nos compromis, de nos dérobades, de nos hypocrisies, de nos ignorances paresseusement enveloppées de certitudes.
Israël n'a pas besoin d'un grand chef militaire entouré de puissants guerriers. Il n'a pas besoin non plus d'un saint prophète qui rassemblerait autour de lui des milliers de disciples convaincus et débordant de zèle. Israël a besoin de LUMIÈRE. Israël marche dans les ténèbres. Et c'est dans ces mêmes ténèbres que marchent à ses côtés la peur, l'ignorance, la servilité et l'immobilisme.
Moi, mon frère, je te le dis: Personne ne doit attendre d'être sauvé par un quelconque sauveur.
Il faut apprendre à se sauver soi-même, par ses propres moyens et les grâces que Dieu veut bien nous envoyer tout au long de notre existence. Si Israël se contente d'attendre un sauveur, il l'attendra encore et encore au bout de mille ans.
Cessons d'attendre après Dieu. Soyons Dieu nous-mêmes!
Jean était maintenant étonné et à demi-convaincu par les paroles de Jésus. Il lui posa donc la question: "Mais, Homme, qui es-tu? D'où viens-tu? Qui t'a appris et convaincu de ces choses que tu viens de me dire?"
Jésus le renseigna: "Je suis Jésus, ton parent, fils de Marie et de Joseph. Et toi, je te connais: tu es Jean, le fils d'Élisabeth et de Zacharie: nous sommes nés à quelques mois d'intervalle. À Nazareth, ma ville natale, j'ai étudié les Écritures avec un pieux et savant rabbin du nom de d'Éléazar. Puis j'ai voyagé un peu partout dans le pays avec un extraordinaire philosophe du nom d'Aka. C'est lui qui m'a enseigné la liberté de conscience.
Et je viens tout juste d'une retraite de quelques mois dans une communauté essénienne établie sur le bord du lac de Tibériade. Aujourd'hui, je viens te demander le pardon de mes péchés et le baptême qui accompagne cette démarche purificatrice."
Jean était maintenant troublé:
"C'est moi qui devrais être baptisé par toi, car je porte de plus grands péchés que les tiens: je suis un orgueilleux prêcheur qui dévie parfois de sa divine mission: il m'arrive de temps à autre de soigner davantage ma popularité auprès des foules que de chercher vraiment à changer les coeurs. Quelques fois, il m'arrive de chercher à recruter davantage des disciples que de chercher à les affranchir de la tutelle d'un maître. Enfin, j'ai l'impression que, comme les prêtres du Temple, je fais plus de mise en scène qu'un véritable travail d'éclaireur des consciences."
Jésus le rassura: "Personne, sur terre, n'a de plus grands péchés que d'autres; personne n'est plus méchant ou meilleur qu'un autre. Chacun, ici-bas, est pétri de malice et de bonté: ce qui fait de lui ce qu'il est vraiment vis-à-vis de lui-même et vis-à-vis des autres.
Et vis-à-vis de Dieu, seul juge et maître.
Voir plus de malice chez l'un et moins chez l'autre, c'est une question de perception individuelle.
Bien entendu, celui qui me fait du mal, me fait... mal... et je suis naturellement enclin à le trouver méchant.
Il est difficile de juger sans s'obliger, du même coup, à approfondir le MYSTÈRE du bien et du mal dans l'évolution et l'éclosion de la vie.
Souvent, à nos yeux myopes, le mal est plus apparent que le bien, la méchanceté plus visible que la bonté, le vice, plus évident que la vertu. Par exemple, parmi toutes les nouvelles qu'on nous apporte, ce sont les mauvaises qui nous intéressent avant tout. Les bonnes sont vite emportées et banalisées dans le courant de la vie.
Chacun est ce qu'il est et porte avec lui son bout de ciel et son coin d'enfer.
Les péchés des hommes ne se comptabilisent pas en nombre... ni même en gravité - nous jugeons tellement mal de la gravité des fautes! - mais en souffrances et en maux qu'ils génèrent.
Ne me juge pas, Jean, comme je ne te juge pas et accepte de me donner le baptême que je te demande, car c'est conscient de ma faiblesse que je veux commencer ma mission. Mais c'est aussi avec la force qui vient du ciel."
Jean s'exécuta et pendant qu'il baptisait Jésus, son esprit et son coeur s'ouvrirent soudainement et il eut la ferme conviction qu'il baptisait un Homme inspiré de Dieu qui donnerait à Israël un nouveau visage.
L'heure de Jésus était arrivée.
Il quitta les rives du Jourdain pour aller préparer sa mission dans le désert.
Il avait 36 ans.
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Partout où il y a de l'homme, dit le proverbe, il y a de l'hommerie.
Et Jean-le-baptiseur, si grand prophète et "Homme-de-Dieu" qu'il ait été en son temps, n'en était pas moins orgueilleux de sa renommée dans tout le pays et jaloux de son emprise sur les foules et ses disciples. Il n'était pas impeccable... loin de là, oserais-je dire.
En fait, il n'était pas différent des grands évangélistes d'aujourd'hui qui rassemblent dans des temples immenses des milliers de fidèles et les endoctrinent jusqu'à l'hystérie, parfois. Dans ces grandes foires religieuses, on imagine mal un quelconque disciple s'avancer vers le maître-prêcheur et lui déclarer tout de go: Je désire monter sur cette tribune et prendre votre place pour prêcher à la foule de vos disciples mes propres valeurs... surtout leur prêcher la liberté de conscience.
La surprise des premiers moments passée, Jean, qui n'était quand même pas un esprit borné et un vaniteux incurable, a vite constaté que le message que voulait véhiculer Jésus allait probablement au-delà de ce qu'il enseignait, lui, à ses disciples. Il a comme saisi au vol ces notions nouvelles et merveilleuses de LIBERTÉ et d'AUTO-SAUVETAGE des coeurs et des esprits.
Alors que lui prêchait l'attente d'un Messie et la soumission à ses volontés.
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Jean va mourir l'année suivante sans que rien ne soit arrivé en Israël.
Pas de Messie... et pas de changements: les Romains occupent toujours le pays; les prêtres du Temple font toujours peser sur les fidèles leur outrageante autorité et les zélotes, plus ou moins bien organisés et plus divisés entre eux que jamais, tentent toujours de faire essuyer à l'envahisseur des pertes bien senties. Manifestement, le temps a passé... et Dieu n'est pas intervenu en faveur de son peuple.
Quand on entendra enfin prêcher Jésus, quelque temps après, sa prédication ne ressemblera en rien à celle de Jean. Il ne parlera pas de Messie à venir mais il annoncera l'avènement d'un mystérieux Royaume de Dieu où seront convoqués tous les gens libres de bonne volonté qui veulent acquérir la bonté, la sagesse, les vertus du coeur et un authentique sens de la justice.
Rien de moins.
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Au baptême de Jésus, contrairement à la mise en scène évangélique, il n'y a pas eu de colombe descendue du ciel ni de voix mystérieuse pour dire: Celui-ci est mon fils bien-aimé... et il a toute ma faveur". De plus, Jean ne s'est pas anéanti devant son cousin en le considérant plus grand que lui.
Mais il l'a certainement trouvé... différent.
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Évangile Jésus