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Plusieurs années après ces événements, alors qu'Hérode Antipas * régnait maintenant sur la Galilée, le fils d'Élisabeth et de Zacharie, Jean * , se manifesta à ses compatriotes près des rives du Jourdain où il baptisait ses disciples. Il avait grandi discrètement dans son village natal et reçut pendant plusieurs années l'enseignement des Esséniens *.
On lui donnait le surnom de baptiste parce qu'il baptisait ses disciples dans les eaux du Jourdain. Le rituel était toujours le même: le nouveau-venu était plongé dans l'eau et Jean lui disait ce qu'il répétait inlassablement à tous ceux qui se présentaient à lui:
"Préparez-vous à un grand changement en Israël. Bientôt, nous serons tous délivrés par celui qui vient: un Sauveur puissant qui séparera les bons des méchants, les âmes droites des esprits tordus.
Aussi, je vous le dis: préparez-vous à le recevoir. Pour lui, faites place nette. Soyez généreux en toutes choses car il ne tolérera pas la médiocrité.
Clairvoyant, le libérateur qui vient saura reconnaître l'arbre à ses fruits et personne ne pourra rien lui dissimuler.
Déjà, la hache a fendu l'écorce de l'arbre et sa lame est profondément enfoncée dans le tronc: tout arbre qui ne produira pas de bons fruits sera coupé et jeté au feu."
Beaucoup de gens, qui venaient de partout en Judée, se rendaient auprès de lui pour recevoir son enseignement et entendre parler du Messie-Sauveur qu'il annonçait.

Un jour, des prêtres * du Temple lui envoyèrent une délégation pour s'enquérir de son identité et lui demander expressément s'il se prétendait le Messie annoncé par les prophéties. Il leur répondit alors sans détours: "Je ne suis pas le Messie annoncé par les prophètes."
Les envoyés insistèrent: "Es-tu prophète? Ou encore Élie revenu sur la Terre? Nous voulons savoir au nom de qui tu parles afin que nous puissions rendre une réponse à ceux qui nous ont envoyés près de toi. Que dis-tu de toi-même?"
Jean leur répondit: "Comment puis-je savoir si je suis prophète? Est-ce que de son vivant un prophète sait qu'il en est un? Croyez-vous que de leur vivant, Jérémie ou Élie savaient qu'ils étaient prophètes ?
Chose certaine, je ne suis pas Élie.
Moi, je suis celui qui crie dans le désert: Préparez-vous à recevoir le sauveur qui vient! C'est un homme fort qui ne fera pas de compromis: il mettra en colère tous les usurpateurs du pouvoir divin. Il est beaucoup plus grand et puissant que moi! Tellement plus grand, que je suis tout petit près de lui. Je ne suis même pas digne de lui baiser les pieds ou de délier les cordons de ses chaussures."
Ils lui firent alors cette objection: "Pourquoi donc donnes-tu le baptême et pardonnes-tu les péchés * si tu n'es pas le Christ, ni Élie, ni prophète?"
Jean répondit: "Moi, je baptise dans l'eau. Mais celui qui vient baptisera ses disciples dans le feu."
Impressionnés par les propos de Jean, quelques délégués s'avancèrent dans l'eau et lui demandèrent de les baptiser, eux aussi. Alors, celui-ci entra dans une grande colère: "Bande de serpents! Hypocrites! Comment osez-vous poser un acte qui montrerait à tous que vous avez changé de comportement? Ni vos origines juives, ni votre piété ostentatoire, ni vos fonctions importantes dans le clergé ne vous donnent droit à ce baptême! À moins d'ouvrir vos coeurs et d'accueillir sans réserves celui qui va bientôt ébranler les assises de votre autorité.
Sachez que celui qui vient tient déjà à la main la pelle à vanner pour séparer le grain de la paille. Il amassera le bon grain dans son grenier et il brûlera la paille dans un feu * qui ne s'éteindra jamais."
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Des nombreux descendants d'Hérode le Grand, le plus illustre et le plus coloré (mis à part Jésus) est sans doute son fils Hérode Antipas. À la mort de son père, il devint tétrarque (despote) de la Galilée et de la Pérée.
C'est lui qui fit décapiter Jean-le-baptiseur (qu'il pressentait comme une menace pour son trône) et qui fut impliqué dans le procès de son demi-frère Jésus qu'il considérait comme un innocent illuminé, somme toute, plus dérangeant que dangereux. Il répudia sa femme pour épouser Hérodiade (mère de Salomé), femme de son autre demi-frère, Hérode dit Philippe. Il fut déposé et exilé par l'empereur romain Caligula.
bas-relief
français montrant Antipas, sur son trône, caressant le menton
sa belle-fille Salomé.
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Selon l'historien juif FLAVIUS JOSÈPHE, (contemporain de Jésus et de Jean-Baptiste)
Flavius Josèphe
Jean-le-baptiseur fut, en son temps, plus populaire auprès des foules et davantage connu de ses concitoyens juifs que Jésus.
À l'époque, rien de surprenant que le message passionné de Jean-Baptiste ait pu susciter autant d'intérêt chez les gens. La peur et la colère montaient dans tout le pays. Et comme c'est souvent le cas, lorsque les affaires politiques et la foi sont étroitement mêlées, le mécontentement populaire était à son paroxysme. Pour de nombreux juifs, les choses allaient tellement mal dans leur pays qu'ils étaient persuadés que le MESSIE, sauveur d'Israël, allait bientôt se manifester.
Les prophéties d'Isaïe, dans les Livres saints, semblaient d'ailleurs le confirmer:
Mais on n'était pas d'accord sur le type de MESSIE à venir.
Certains attendaient un CHEF MILITAIRE qui, à la tête d'une puissante armée, chasserait hors du pays l'envahisseur romain. C'était le cas des zélotes et autres nationalistes juifs.
D'autres espéraient UN HOMME DE DIEU, un puissant prophète qui viendrait rétablir la Loi de Moïse dans toute sa pureté originelle. Une Loi épurée de toute la lourdeur des centaines de préceptes imposés par la caste religieuse en place. C'était le cas des disciples de Jésus.
D'autres, enfin, attendaient une INTERVENTION DIRECTE DE DIEU qui viendrait balayer la corruption du monde et instaurer un ordre nouveau de justice et de paix universelle. Parmi ces derniers, il y avait les esséniens, sorte de moines juifs qui cherchaient Dieu en se retirant du monde.
Bon nombre d'entre eux vivaient en communautés dans le désert. À Qumran, par exemple, au bord de la mer Morte. En 1947, on trouva dans les environs (grottes) les restes d'une bibliothèque où les esséniens avaient compilé des manuscrits considérés aujourd'hui comme d'une grande valeur historique.
Les esséniens bâtirent
leur monastère de Qumran dans l'une des contrées les plus désertiques
de la Palestine, Les membres de la secte vivaient dans des
grottes comme celles que nous apercevons à même les falaises.
À l'arrière-plan: la mer Morte.
Les esséniens formaient un groupe de croyants à la fois totalement juif mais aussi coupé du Temple de Jérusalem, des sacrifices qu'on y offrait ainsi que des prêtres et des maîtres sadducéens qui y occupaient toute la place.
JEAN était un essénien. Il avait vécu dans une de leurs communautés (une bonne vingtaine d'années) avant de les quitter et d'aller prêcher, sur les bords du Jourdain, la venue prochaine du Messie. Il appartenait à cette faction de la secte qui croyait, en s'appuyant sur les prophéties des textes de la Thora, que la venue d'un MESSIE, pour Israël, était imminente.
Avant l'épisode du "baptême" dans le Jourdain, il ne l'avait jamais rencontré, lui vivant dans la province de Judée et Jésus dans celle de Galilée. Et il est erroné de croire que Jean a vu en Jésus le messie attendu par Israël, lorsqu'il l'a baptisé. À la mort de Jean, Jésus venait à peine de commencer sa prédication et n'était connu que d'un petit nombre de disciples.
Jésus lui aussi a, un certain temps, fréquenté la secte des esséniens, mais il s'en est détaché rapidement lorsqu'il a réalisé que ces religieux juifs avaient manifestement une forte propension au sectarisme, à l'isolationnisme et au ritualisme. Choses sur lesquelles Jésus était en parfait désaccord. Il s'en est d'ailleurs pris très tôt à leur insoutenable obsession de la pureté (nombreuses ablutions rituelles) et il n'a surtout jamais endossé leur mépris pour le peuple.
De l'enseignement de Jean, il ressortait clairement que Dieu se préparait à intervenir rapidement en faveur d'Israël afin de faire échec au pouvoir romain et au pouvoir des prêtres, mais à la condition que la masse du peuple s'amende de ses péchés. Aussi, en baptisant ses disciples dans l'eau (purificatrice), il leur demandait de se repentir de leurs péchés et il les pardonnait... Au grand dam des prêtres du Temple qui se réservaient ce droit.
Jésus aussi pardonne les péchés... mais il prêche tout autre chose après la mort de Jean. Pour lui, les Romains comptent peu: "Rendez à César ce qui appartient à César et à Dieu, ce qui lui revient" . En aucun moment, il manifestera de l'agacement contre l'occupation romaine: il ne formulera aucune critique à l'endroit de l'occupant de son pays. Ce qui agacera les nationalistes (zélotes). Par contre, il condamne sans ménagement le système religieux dévoyé de son époque. À ceux qui lui reprochent de vouloir détruire la Loi de Moïse, il répondra: "Je ne suis pas venu détruire la Loi de Moïse, mais l'éclairer".
De plus, Jésus n'annonce pas de Messie. Et en aucun temps, ne se proclame comme tel... Il veut changer les coeurs, les mentalités... Au contraire de Jean, il n'annonce pas l'apocalypse... mais la venue d'un royaume nouveau dans les coeurs affranchis de toutes les contraintes de la Loi du Temple.
Il prêche l'Homme libre!
La liberté, voilà ce qui est inédit dans le message de Jésus.
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À l'époque de Jésus, il n'y avait pas que Jean qui baptisait. Les baptistes (baptiseurs) étaient relativement nombreux et ils invitaient leurs contemporains à faire partie d'un mouvement de renouveau spirituel qui, aujourd'hui, pourrait être comparé au mouvement charismatique ou aux grands mouvements évangélistes modernes. Notons que certains des disciples de Jésus furent des baptistes, anciens disciples de Jean. Jésus lui-même accepta d'être baptisé (on ne sait trop pourquoi) mais il n'a jamais baptisé aucun de ses disciples. Et il n'a surtout jamais dit à ses disciples: "Allez, enseignez toutes les nations et baptisez-les au nom du Père, du Fils et de l'Esprit-Saint".
Le baptême est un "embrigadement". Jésus fustigea toute sa vie toute forme d'embrigadement. Il n'a jamais fait du baptême un sacrement. Il n'a d'ailleurs institué aucun sacrement. C'est l'Église catholique romaine qui a inventé les sacrements.
Le baptême que Jean donne à ses disciples en remettant leurs péchés est un puissant pied de nez à l'autorité des prêtres du Temple. Grâce à cette initiative, il est maintenant possible d'obtenir le pardon de ses fautes hors de l'enceinte du Temple. Plus besoin, si l'on veut être pardonné, de se déplacer à Jérusalem et d'apporter des offrandes aux prêtres. Désormais, le pardon de Dieu est à la portée de tous. Les péchés ne sont plus taxés.
Le Jourdain
reliait le nord et le sud du Royaume d'Hérode. Depuis sa source,
au pied du mont Hermon, il traverse la mer de Galilée, et se
jette, au sud, dans la mer Morte. Importante source d'eau potable (dans une
contrée où elle est rare), le contrôle des eaux du Jourdain, aujourd'hui, est un
enjeu important pour les pays riverains: Israël et la Palestine.
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D'une certaine façon, cette délégation de prêtres , envoyée auprès du Baptiste par les Autorités du Temple, venait interroger un autre prêtre... car Jean, en vertu de sa filiation avec Zacharie (lui-même prêtre au Temple), possédait tous les droits d'un prêtre, selon la Loi.
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C'est sans doute vers l'an 34 que Jean-le-Baptiste commença à prêcher devant des foules nombreuses. Certains le prenaient pour un illuminé dont il ne fallait point s'inquiéter; d'autres, par contre, voyaient en lui un dangereux nationaliste palestinien qui cherchait à soulever le peuple contre l'occupant romain; enfin, certains croyaient qu'il était lui-même le messie annoncé par les prophètes, parce que c'était un homme juste qui vivait de façon austère dans le désert et dont les discours touchaient profondément le coeur des gens.
Chose certaine, Jean n'annonçait pas Jésus à ses compatriotes: il ne lui pavait pas la voie messianique, comme ont bien voulu nous le laisser entendre quelques évangélistes et certains théologiens de la foi catholique. Jean annonçait plutôt un changement majeur en Israël: la venue d'un Messie qui séparerait les bons des méchants, chasserait l'occupant romain (considéré parmi les méchants) et viendrait restaurer la Loi de Moïse que les prêtres du temple -vendus aux Romains- avaient trafiquée de façon sacrilège. En résumé, un message très essénien.
À cause de sa popularité auprès des foules et du contenu de son message annonçant un nouveau Chef en Israël (qui prendrait en main tous les pouvoirs, civils et religieux), Jean s'était fait beaucoup d'ennemis.
Les Romains, d'abord, qui le gardaient à l'oeil comme un séditieux "endoctrineur" de zélotes. Mais, ils s'en inquiétaient peu, ne voyant pas très bien quel chef charismatique pourrait bien, tout d'un coup, sortir des rangs de la nation juive. Surtout que jusque là, toute tentative de rébellion juive avait été sévèrement et cruellement réprimée.
Ensuite, les prêtres du Temple jaloux de ses succès auprès de la masse, inquiets de son enseignement subversif qui déstabilisait leur autorité. Ils étaient également choqués de ses milliers de baptêmes populaires dont il profitait pour remettre les péchés, un droit qu'ils s'étaient arrogé depuis fort longtemps.
Enfin, Hérode Antipas, valet de l'occupant romain, qui régnait alors en Palestine en véritable petit despote: il fera décapiter le Baptiste à la suite d'une échauffourée (dont il sortira légèrement blessé) avec un groupe de zélotes. Les Prêtres du Temple insisteront pour qu'il se débarrasse de Jean. (Comme ils ont ensuite insisté pour qu'il les débarrasse de Jésus)
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Les ablutions purificatoires étaient une pratique très courante du judaïsme. Certains groupes religieux -entre autres, les esséniens - accomplissaient chaque jour une série remarquable de purifications rituelles. Mais beaucoup de compatriotes perçurent dans les baptêmes de Jean quelque chose de différent et de nouveau.
L'immersion dans un
mikveh (bassin rituel) avait pour but de purifier
l'esprit et non le corps. Beaucoup de ces mikvehs étaient creusés
à même la roche et étaient alimentés par de l'eau de source
ou de pluie. Le Temple de Jérusalem possédaient plusieurs
mikvehs pour les prêtres et les fidèles, car les fidèles
devaient se purifier avant d'entrer dans le Temple. Le mikveh,
représenté sur notre gravure, a été photographié à Massada.
L'illustration
suivante nous montre le fonctionnement d'un mikveh: (1)
canalisation qui amène l'eau au bassin de rétention; (2) bassin
de rétention; (3) bassin d'immersion; (4) un autre bassin, peu
profond, sert à laver les mains et les pieds.
Pour Jean, le baptême qu'il donnait à ses disciples n'était pas une purification rituelle parmi tant d'autres mais, semble-t-il, le signe visible et unique de l'appartenance à un nouveau peuple, le peuple du nouveau messie qui allait bientôt se manifester à ses sujets, transformés par la droiture du coeur et l'ouverture à des exigences nouvelles.
Il se peut bien que Jésus ait voulu recevoir ce singulier baptême de Jean pour afficher publiquement son appartenance à ces coeurs et ces esprits nouveaux qui attendaient un CHANGEMENT IMPORTANT dans la vie d'Israël.
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Page 16 » Baptême de Jésus
Évangile Jésus