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Chapitre XIV: Les mystères païens qui auréolent Jésus
Le gnosticisme ? Dérive vers un mysticisme sans frontières ?
Une connaissance de Jésus erronée ou déconnectée de sa réalité terrestre ?
Les gnostiques ? Des visionnaires dont la pensée religieuse "hautement survoltée" est imbibée de fables païennes ?
La jeune et autoritaire Église catholique romaine tranche dès les premiers siècle: c'est une hérésie.
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Contrairement à ce que nous avons toujours cru, et surtout, à ce que l'Église catholique (notre maîtresse dans la foi) nous a toujours laissé croire, les premières communautés chrétiennes n'étaient pas beaucoup homogènes. En fait, elles formaient toute une gamme de groupes distincts qu'on peut généralement classer en deux écoles différentes.
D'une part, il y avait les littéralistes. On les appelait ainsi parce qu'ils considéraient l'histoire "merveilleuse" de Jésus comme un récit littéral d'événements historiques. Un peu comme il y a des gens, aujourd'hui encore, qui croient qu'il y a vraiment eu un Adam et une Ève dans le Paradis terrestre parce que c'est écrit comme ça dans la Bible; un déluge et son Noé; un Lot et ses deux villes maudites Sodome et Gomorrhe; des murs, à Jéricho, qui se sont écroulés au son des trompettes juives; un Josué qui a arrêté le soleil; un Moïse qui a séparé les eaux de la Mer Rouge pour faire passer ses Hébreux et qui a reçu des mains de Dieu, sur le mont Sinaï les tables de la Loi. Chez nos voisins du Sud (aux USA), 60% des chrétiens sont des littéralistes.

Josué arrête la course du soleil
Par ailleurs, il y avait aussi des chrétiens radicalement différents qu'on appelait gnostiques.
Très tôt, l'Église romaine littéraliste a fait la vie dure à ces gnostiques, et avec une telle efficacité qu'aujourd'hui, nous ne connaissons d'eux que peu de choses, sauf si on va fouiller dans les écrits de leurs détracteurs, les premiers Pères de l'Église.
Seule une poignée de textes originaux a survécu à cette occultation systématique et aucun de ces textes n'a été publié avant... le XIXe siècle.
Cependant, cette situation a radicalement changé grâce à la remarquable découverte d'un paysan arabe qui a trouvé, par hasard, en 1945, une bibliothèque entière d'Évangiles gnostiques cachée dans une grotte près de Nag Hammadi (en Égypte).

Ainsi, pour la première fois, les chercheurs ont pu avoir accès à de nombreux textes (sur la vie de Jésus) largement répandus parmi les premiers chrétiens. Des textes, faut-il le préciser, qui faisaient largement l'apologie de Jésus-divin. En définitive, il n'y avait rien là pour heurter l'Église catholique qui y croyaient également, mais les gnostiques avaient surtout cette très mauvaise réputation d'être des esprits rebels peu enclins à tenir compte des contraintes du canon romain élaboré par des théologiens et des docteurs qui détenaient... la vérité... immuable.
De nos jours, ceux qui osent s'aventurer dans la lecture des Évangiles gnostiques * découvrent une forme de christianisme assez étrangère à la religion dans laquelle ils ont été initiés.
Si ceux qui explorent aujourd'hui l'espace sont des astronautes, on pourrait dire que les gnostiques des premiers temps du christianisme étaient des mystinautes (mystiques) qui exploraient avec audace -faut le dire- les dernières frontières de l'espace intérieur en cherchant -sans les contraintes de la rectitude théologique- les origines et la signification de la vie.
Ces gens-là étaient des libres-penseurs... créatifs. Il n'étaient pas "prisonniers" dans la toile d'araignée des credos et des dogmes de l'Église catholique d'alors. Des gens qui, pour rejoindre Dieu à l'intérieur d'eux-mêmes, faisaient une large part à l'intuition et aux sentiments. Deux caractéristiques profondes de l'âme féminine. Deux éléments tenus en haute suspicion par les mâles romains qui, très tôt, ont pris les rennes de l'Église catholique. Aussi, les raisons pour lesquelles les évêques de la hiérarchie de l'Église littéraliste les détestaient nous semble, aujourd'hui, évidentes.
Aux yeux des littéralistes, les gnostiques étaient de dangereux hérétiques. Dans de nombreuses ouvres anti-gnostiques de l'époque, on les décrit comme des chrétiens... redevenus indigènes... des gens contaminés par le paganisme qui les entourait... des gens qui avaient perdu la pureté de la vraie foi... En tout cas, la foi des théologiens catholiques.
D'autre part, les gnostiques se considéraient comme les héritiers de la tradition chrétienne authentique. Ça, ça reste à discuter...
En fait, les détracteurs des gnostiques avaient partiellement raison sur un point: ces derniers étaient peu différents des païens. Comme les philosophes païens, ils croyaient en la réincarnation, rendaient un culte à la déesse Sophia (Sagesse) et baignaient dans la philosophie mystique grecque de Platon.

Gnostiques signifie ceux qui connaissent, un nom qu'ils avaient acquis parce que, comme les initiés des mystères païens, ils croyaient que leurs enseignements secrets avaient le pouvoir de conduire à la gnose... c'est-à-dire une connaissance de Dieu... obtenue par l'expérience directe. Hum ! ... Sans passer par les prêtres et leurs sacrements.
C'était d'ailleurs, il faut en convenir, l'enseignement de Jésus... Sauf que Jésus ne prêchait pas aux gens simples qui l'écoutaient des théories abstraites d'initiés. Seules certaines de ses paraboles titillaient parfois l'esprit de ses auditeurs qui lui demandaient alors de préciser sa pensée.
En fait, Jésus avait davantage l'esprit gnostique des mystiques d'autrefois que l'esprit théologique des théologiens d'aujourd'hui.
Tout comme un païen initié avait pour but de devenir un dieu, pour les gnostiques, l'objectif de l'initié chrétien était de devenir... un Christ. Un Christ divinisé, s'entend. Ce qui n'est pas une mince affaire, il faut en convenir.
Dr.Stephan Hoeller (dans The Gnostic World View: A Brief Summary of Gnosticism) explique que les chrétiens gnostiques étaient convaincus qu'une connaissance directe, personnelle et absolue des vérités authentiques était accessible pour ceux qui le voulaient et qu'en plus, l'atteinte d'une telle connaissance devait toujours constituer l'accomplissement suprême de la vie humaine.

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